Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

07/13 - 13 Narrations de la découverte (KMC)


1. Première déposition - 04.05.2007 (14:20)
Dans cette première déposition, moins de 20 heures après la constatation de la disparition de Madeleine, Kate colle au récit que la famille et les amis des MC entendirent au téléphone dans les heures qui suivirent la découverte de la disparition. La PJ eut toutefois de ce récit une version édulcorée (le volet et la fenêtre, de "forcés", devinrent "trouvés ouverts"), les gendarmes ayant constaté d'emblée l'absence de signe d'effraction, hypothèse corroborée plus tard par la police scientifique. C'est du reste parce qu'il n'y avait aucun signe d'effraction que  les gendarmes commencèrent par chercher une enfant vraisemblablement égarée.

The interviewee was heard as a victim, being the mother of the minor (...) At around 10pm, the interviewee went to check on the children. She went into the apartment by the side door, which was closed but not locked, as she said before. She noticed that the door to her children's bedroom was completely open, the window was also open, the shutters raised and the curtains open, while she was certain of having closed them all as she always did. Faced with this situation, she verified that the twins were in their respective beds, unlike Madeleine, who had disappeared. The cover was pulled back and the toys were on the pillow as usual. After searching the whole apartment thoroughly, the interviewee went back, scared and shocked, to the restaurant, to alert her husband and the others to the disappearance.
Kate MC est entendue comme victime, étant la mère de la mineure (...) Vers 10.00 elle alla voir si les enfants dormaient bien. Elle entra par la porte-fenêtre qui était fermée mais non verrouillée. (1)  Elle remarqua immédiatement que la porte de la chambre des enfants était complètement ouverte, comme la fenêtre et les persiennes, et les rideaux écartés (afastados). Elle est certaine qu’elle avait tout fermé comme toujours. (2) Face à cette situation, elle vérifia que les jumeaux étaient dans leurs lits pliants respectifs, contrairement à Madeleine qui avait disparu. La couverture (du lit de Madeleine) était rabattue avec les jouets (une peluche et une petite couverture de réconfort) sur l’oreiller comme d’habitude. Après avoir cherché partout dans l’appartement et déjà très effrayée et en état de choc, elle était retournée au restaurant pour alerter son mari et leurs amis.  
(1) Dans la même déposition, un peu plus haut : (Matthew MO) était entré par la porte coulissante qui n'était jamais verrouillée. C'est là un euphémisme pour "entrouvert" (afin d'introduire la main entre le cadre et la porte et faire glisser celle-ci).  Les MC prenaient soin de verrouiller cette porte pendant la journée (après la sortie de la famille par la porte-fenêtre, Gerald verrouillait la porte avant de sortir par la porte principale). Fiona rapporte (entretien "rogatoire") que, le soir du 3 mai, Kate s'était demandé s'ils avaient bien fait de laisser la porte entrouverte (pour que Madeleine parte à leur recherche si elle se réveillait), donnant à entendre que les MC, comme les autres et comme le bon sens l'exigeait, verrouillaient la porte-fenêtre le soir aussi.
(2) Peut-être un lost in translation. En septembre Kate MC dira qu'elle n'avait jamais touché à la fenêtre et aux persiennes, fermées jour et nuit.



Le doute n'est point permis dans ce premier récit, on ne peut supputer que les rideaux masquent l'effroyable réalité du volet et de la fenêtre ouverts, car Kate déclare expressément qu'ils sont écartés. Gerald confirme ce récit dans sa première déposition, où il déclare avoir vu l'appartement dans cet état lorsqu'il arriva sur ce qui était devenu une scène de crime. Il n'est pas possible que l'interprète ait confondu "aberto" (ouvert) et "fechado" (fermé) et au reste comment Kate aurait-elle vu immédiatement que les persiennes et la fenêtre étaient ouverts si les rideaux avaient été fermés et immobiles






La description de ce qui va devenir une scène de crime est radicalement différente dans la narration collective (2) rédigée et signée par les TP9.




2. Déposition (écrite) collective (1)entre le 4 et le 10.05.2007

Dans cette seconde narration de la découverte de la disparition, Kate voit au contraire tout fermé, sauf la porte de la chambre des enfants. C'est même cette porte "plus ouverte qu'elle ne devrait" qui attire son attention et l'incite à la refermer un peu avant de s'en aller, car il n'y a aucun bruit, les enfants doivent dormir sereinement. Grave erreur ! Il n'en est rien précisément, l'apparence paisible était un leurre, tout semblait seulement, la scène n'avait que l'aspect de la tranquillité, l'absence de pleurs d'enfants était trompeuse et la réalité allait susciter une extrême affliction puisque, elle allait le découvrir très vite, Madeleine n'était plus là.
2200 (approx): KM leaves table to check children in 5A. The patio gate is closed and the child gate is also probably closed. She enters through the closed patio entrance, with the curtains closed. She crosses the living area, and there is no noise from the children's bedroom. She is about to leave, when she notices the bedroom door was open (approximately 60 degrees). She starts to close it and it slams. Considering the patio doors had caused a draft, she checks these doors but they are closed. KM returns to the bedroom and opens the door to check the children were not disturbed by the noise. At this point, she notices that Madeleine is missing. She checks the other single bed in the room and also Kate and Gerry's beds. Then she double checks that Madeleine was not in her bedroom again. At this point, she notices the curtains blowing forward with a gust of wind. She runs over, pulls open the curtain and notices the shutter was completely raised, and the window pushed open to the left as far as possible.
Vers 10h, Kate MC quitte la table pour aller voir si ses enfants dorment bien dans l'appartement 5A. La porte-fenêtre est fermée (non verrouillée) et la barrière de protection (2) est aussi probablement fermée. Elle entre par la porte-fenêtre fermée, avec les rideaux fermés. (3) Elle traverse la salle de séjour, et aucun bruit ne vient de la chambre des enfants. Elle est sur le point de rebrousser chemin quand elle remarque que la porte de la chambre (des enfants) est ouverte (environ 60°). Elle commence à la refermer et la porte claque. (4) Pensant que la porte-fenêtre est la cause du courant d'air, elle va voir, mais la porte est fermée.(5) Kate revient vers la chambre et ouvre la porte pour voir si les enfants n'ont pas été dérangés par le bruit. C'est alors qu'elle remarque que Madeleine n'est pas là. Elle regarde si elle est dans l'autre lit de la chambre (sous la fenêtre) et va voir dans son lit et dans celui de Gerald. Puis elle vérifie à nouveau que Madeleine n'est pas dans la chambre. Elle remarque alors que les rideaux s'envolent, poussés par un coup de vent. Elle se précipite, écarte les rideaux et voit que le volet est complètement ouvert et que la (moitié de la) fenêtre a coulissé  complètement vers la gauche.
(1) Ce témoignage, élaboré à l'initiative du groupe, imprimé et remis aux autorités, fut rédigé en anglais et signé par les neuf membres du groupe dit "Tapas" (TP).
(2) Pour enfants de moins de 2 ans, en haut de l'escalier. La mention de cette barrière n'apparaît dans aucun autre témoignage (MC inclus). On ne sait s'il lui arrivait d'être fermée, les enfants ne sortant sur la véranda que pour partir à la crèche. Par ailleurs il est notoire que ces barrières sont dangereuses pour les plus de 2 ans qui ont tendance à sauter par-dessus.
(3) L'accent est manifestement mis sur le fait que tout est fermé. "Rideaux" désigne à la fois les voilages et les double-rideaux. La mention des rideaux fermés dans la salle de séjour n'apparaît dans aucun autre témoignage (MC inclus). Kate s'apprête clairement à ne rester que quelques secondes, le temps de vérifier qu'il n'y a pas de bruit (elle est sur le point de tourner les talons), mais elle ferme la porte-fenêtre... et ne se souvient pas de l'avoir fait quand claque la porte...
(4) Plusieurs témoins notèrent une assez forte brise qui venait du nord, ce soir-là. On remarque qu'il y a deux coups de vent déterminants. Le premier est assez fort pour arracher la porte à la main de Kate posée sur la clenche, et la faire claquer, mais n'affecte pas les rideaux qui restent fermés. Le second, une ou deux minutes plus tard, fait s'envoler et s'ouvrir les rideaux, mais ne fait pas claquer la porte. Une photo de la PTS (police technique et scientifique) montre les double-rideaux de la chambre des enfants : l'un est coincé par le lit qui se trouve sous la fenêtre, l'autre est coincé par un fauteuil. Il faudrait un sacré courant d'air pour les déloger. Mais leur retour derrière le lit et le fauteuil est encore plus extraordinaire.
 (5)  On ne comprend pas comment Kate ne sait plus si elle a laissé la porte ouverte ou non moins d'une minute avant (alors que, n'entendant aucun bruit, elle comptait repartir). La logique veut que c'est l'ouverture de la porte-fenêtre pour entrer qui crée un appel d'air qui fait claquer la porte.






Il reste à comprendre pourquoi le courant d'air ne s'est pas produit au moment où Kate a ouvert la porte-fenêtre.
On comprend pourquoi l'épisode "coups de vent" est l'un des points à examiner justifiant une reconstitution.
La première version de la découverte, caractérisée par le "tout ouvert", s'était révélée singulièrement incompatible avec deux points essentiels à réconcilier : la matérialité de l'enlèvement et une certaine régularité des rondes (toutes les demi-heures).
Dans sa déposition du 4 mai (mais non dans ses récits à la GNR et aux MC au cours de la nuit), Jane TB, alors qu'elle remonte la rue FGM vers 21h15 pour aller voir ses enfants, aperçoit un homme (Tannerman) avec un enfant couché sur ses bras étendus.
Si Tannerman est le ravisseur, et les MC ne mettent pas en doute qu'il l'est, il a opéré juste après le départ de Gerald. Celui-ci est encore dans la rue FGM, devant la grille de son patio, et bavarde avec Jeremy W, un partenaire de tennis quand Jane les dépasse. C'est à ce moment-là qu'elle voit  Tannerman traverser en haut de la rue.
L'hypothèse d'enlèvement par Tannerman implique que l'appartement 5A se trouve  après le départ de ce dernier dans l'état Kate MC le trouvera une quarantaine de minutes plus tard, tout ouvert (selon la narration collective).  
Or, et c'est le point épineux, Matthew MO, qui a offert d'inclure les petits MC dans sa propre ronde, entre vers 21h30 dans le 5A où il voit tout fermé, fenêtre, volet, rideaux, sauf la porte de la chambre des enfants, seule différence avec ce qu'a vu Gerald MC (la porte est à nouveau trop ouverte).
Si donc Kate MC a trouvé le volet, la fenêtre et les rideaux ouverts, ou bien Tannerman n'est pas le ravisseur, l'enlèvement éventuel ayant eu lieu après le départ de Matthew, ou bien la ronde de ce dernier dans l'appartement 5A est une non-vérité de complaisance (crainte d'une accusation de négligence si les rondes sont trop espacées). 
Tout le monde conviendra que Tannerman fait très bien l'affaire en fait de ravisseur, Jane TB fournissant un alibi de plomb à Gerald MC, aperçu au même moment que Tannerman, et protégeant également les autres membres du groupe, tous à table
Changer la narration en passant du "tout ouvert" au "tout (semblant) fermé" était en fait l'unique moyen de résoudre l'incompatibilité de  Tannerman avec le passage de Matthew dans le 5A. Matthew avait été dupé par les rideaux cachant la forêt de la désolation, l'instinct maternel de Kate lui avait valu le claquement de la porte et la découverte du pot aux roses.





3.  Woman's hourJenni Murray - BBC Radio 4 - 07.08.2007
Jenni Murray  : How did you discover that she wasn't there?
Kate MC :
(Longish pause then tongue clicking noise) Again, I can't go (suppressed sounding laugh) into too many details, but obviously when I went back to check on them, erm..she wasn't there.
(Kate goes on to say "And I knew" but Jenny has started her next question)
JM : What was your first thought, what did you think immediately had happened?' (Upon discovering that Madeleine wasn't there) 
KMC :  (Pause, then the tongue clicking sound) Well, obviously I kind of looked and double looked and, errm, you know, obviously, there was twenty seconds of, you know, she must be there (suppressed sort of laugh). Errm, but there was no doubt in my mind within (suppressed sort of laugh) probably thirty seconds, errm, that Madeleine had been taken from that room. I can't go into the reasons why I thought that but it was... no doubt whatsoever. And Madeleine wouldn't have walked out herself. I know that  (the words 'I know that' spoken with an air of complete cocksuredness about them) .
JM : Comment avez-vous découvert qu'elle n'était pas là ?
KMC : Là non plus je ne peux donner trop de détails, mais il est évident que lorsque je suis retournée les voir, hum... elle n'était pas là. (1)
JM : Quelle a été votre première pensée, qu'avez-vous immédiatement pensé qu'il était arrivé ?
KMC : Bon, évidemment j'ai regardé et regardé encore et hum... vous savez, évidemment il y a eu 20 secondes de... vous savez, elle doit être là. Hum... mais il n'y avait aucun doute dans mon esprit au bout d'à peu près 30 secondes... hum... que Madeleine avait été enlevée de cette chambre. Je ne peux pas parler des raisons qui m'ont fait penser à ça,  mais il n"y avait... absolument aucun doute. Et Madeleine ne serait pas sortie toute seule, je le sais. (2)

(1) Kate MC, ce truisme le montre, est impressionnée tout au long de l'entretien par le ton affable et la voix ferme de Jenni Murray. Le récit de la découverte n'a pas encore été élaboré oralement et Kate semble ne pas savoir quoi dire. Aussi essaie-t-elle de se réfugier derrière le secret de l'instruction (ironiquement elle refusera de répondre à une question similaire, posée par la PJ, un mois plus tard).
(2) La question était pourtant simple, pourquoi tant de détours et d'hésitations ?  La preuve par le volet et la fenêtre ouverts (par effraction) était dans les médias britanniques dès le 4 mai au matin. JM interroge les émotions de Kate, pas les circonstances.



 

4. Entretien avec Steve Boggan - Guardian blog - 10.08.2007
We were checking on the children several times an hour and, errm... I'd gone back to check them and, you know, it was quiet (1) and, errm.... I went into the room and, errr... Madeleine wasn't there, errm... you know, and I just thought... kind of, kept looking, kept thinking she must be, she must be in her bed and, errr... and that was a horrible, errm... panic and fear, errm... I mean there are other things that I can't... I can't describe to you because it's part of the investigation but, errm... I mean, there was not... there was no shadow of doubt that Madeleine had been taken to me and that's why the panic and the fear was so immediate and real and, errm... it was awful, you know, and, errm... you know, I guess I felt I'd let her down - desperately sorry, really, errm... that we weren't there the minute she was taken... (2) you know, and we went from the kind of the... the panic and the fear to that total feeling of helplessness... you know, not knowing what to do and, errm ... it was just awful really.
(1) Kate MC n'a alors été entendue qu'une fois par la PJ (1), le 4 mai. Dans cette déposition elle dit tout le contraire (elle voit immédiatement tout ouvert), récit confirmé par la première déposition de Gerald MC. Entre le 4 et le 10 mai, le groupe établit une ligne de temps collective que tous signèrent. Y figure pour la première fois le récit "tout calme, tout fermé", en contraste violent avec le premier récit ("tout ouvert")... Les narrations de Kate varieront au cours du temps, mais le "tout fermé et tranquille" est définitif. Il n'est pas question ici de l'effraction du volet et de la fenêtre, pourtant dans tous les médias dès le 4 mai au matin.
(2) Ce n'est que l'une des occurences de l'étrange et absurde remarque Nous sommes terriblement désolés de ne pas avoir été là à la minute où Madeleine a été prise. Il suffirait de remplacer "été prise" par "disparu" pour que cette phrase cesse d'être absurde.




5.  Deuxième déposition - 06.09.2007 (15:00)
At 10pm she got up from the table, as it was her turn after having been replaced by Matt. She entered the apartment by the veranda door which was closed, but as already said, not locked...
À 22h Kate s'est levée de table, car c'était son tour après avoir été remplacée par Matthew MO (1). Elle entra dans l'appartement par la porte-fenêtre qui était fermée, mais comme déjà dit non verrouillée.
On n'allait pas en savoir plus. Il était tard (23h) et surtout la narration abordait un terrain dangereux qui exigeait qu'au statut de victime de Kate se substitue celui de témoin assisté ("arguida"), ce qui fut fait le lendemain matin. Au lieu de la laisser poursuivre sa narration comme elle l'entendait en la relançant éventuellement sur certains points, pratique "ouverte" qui fut celle de tous les entretiens, cette fois les inspecteurs de la PJ la soumirent à un interrogatoire. Des 49 questions qui lui furent posées, Kate MC ne répondit qu'à la dernière (elle avait conscience que les policiers considéraient son refus de répondre comme desservant l'enquête). Ce faisant, elle est censée avoir suivi le conseil de son avocat (ne pas répondre est un droit inhérent au statut de arguido). L'avocat, après tout, était chargé de défendre sa cliente, pas l'enfant disparue.
Voici les questions liées à la découverte de la disparition auxquelles Kate MC n'a pas répondu. Elles ne semblent guère compromettantes, mais comment répondre à ceci et non à cela sans ipso facto fournir d'indice ? 
1. On May 3 2007, around 10.00pm, when you entered the apartment, what did you see? What did you do? Where did you look? What did you touch? (1)
1. Le 3 mai 2007, quand vous êtes entrée dans l'appartement vers 22h, qu'avez-vous vu et fait ? Où avez-vous regardé ? Qu'avez-vous touché ?(1)
2. Did you search inside the bedroom wardrobe?
2. Avez-vous cherché dans le placard de votre chambre ?
3. (shown 2 photographs of her bedroom wardrobe) Can you describe its contents?
3. (lui sont montrées 2 photos du placard de la chambre) Pouvez-vous décrire ce qu'il y avait dedans ?
5. How long did your search of the apartment take after you detected your daughter Madeleine's disappearance?
5. Pendant combien de temps avez-vous fouillé l'appartement après avoir constaté que votre fille Madeleine avait disparu ?
7. Assuming Madeleine had been abducted, why did you leave the twins home alone to go to the 'Tapas' and raise the alarm? Because the supposed abductor could still be in the apartment. (2)
7. En admettant que Madeleine a été enlevée, pourquoi avez-vous laissé les jumeaux tout seuls pour aller au Tapas Bar lancer l'alarme, car l'hypothétique ravisseur pouvait être encore dans l'appartement ? (2)
8. Why didn't you ask the twins, at that moment, what had happened to their sister or why didn't you ask them later on?
8. Pourquoi n'avez-vous pas demandé aux jumeaux, à ce moment-là, ce qui était arrivé à leur soeur ou pourquoi ne le leur avez-vous pas demandé plus tard ?
11. Why did you go and warn your friends instead of shouting from the veranda? (3)
11. Pourquoi êtes-vous allée avertir vos amis au lieu de crier de la véranda ?(3
(1) Si Kate avait répondu, qu'aurait-elle fait ? Aurait-elle confirmé sa première déposition ou serait-elle revenue sur le tout ouvert au profit du tout fermé de la ligne de temps collective ? On comprend que l'avocat, ayant connaissance des dépositions de ses clients et de la déposition collective, n'ait pas voulu courir le risque d'une relance sur les points contradictoires.
(2S'il est vrai que la fenêtre était ouverte (les MC disent avoir trouvé ouverts le volet et la fenêtre, cela n'a constaté par personne d'autre), il est incompréhensible que Kate n'ait pas refermé au moins la fenêtre par laquelle le vent s'engouffrait à en croire sa narration de la découverte. Et puis elle dit avoir su immédiatement que Madeleine avait été enlevée. Pourquoi pas les jumeaux dans la foulée ?
(3) C'est un des mystères de cette histoire. Les MC n'ont cessé de dire que dîner au restaurant était comme dîner au fond de son jardin et que la situation était sous contrôle puisqu'ils voyaient la porte-fenêtre. Or 1) maints témoins ont déclaré que la visibilité était nulle en raison des reflets de lumière sur la bâche opaque qui couvrait l'esplanade, de la végétation et du médiocre éclairage public, 2) par ailleurs la chambre des enfants se trouvait de l'autre côté de l'immeuble et 3) enfin ils semblaient conscients qu'avoir l'oeil fixé dans cette direction ne servait à rien puisqu'ils étaient assis à table, le dos carrément tourné à l'immeuble. Toutefois il y a des témoignages sur la portée du son. Si Kate MC avait crié de la véranda, on l'aurait entendue.






5. Panorama - BBC - 21.11.2007

Ce n'est pas Kate MC qui parle, mais le réalisateur Richard Bilton (les déclarations publiques des MC étaient restreintes par le secret de l'instruction alors en vigueur).
At about 10 it's Kate McCann's turn to check on the children. The bedroom door is still open. As she closes it she feels a draft and knows something is wrong. A shutter on the side of the apartment they couldn't see from the tapas bar is open. Madeleine is missing. Kate McCann says she searches the flat three times before raising the alarm.
Vers 22h c'est le tour de Kate MC d'aller voir comment vont les enfants. La porte de la chambre est ouverte. Alors qu'elle la ferme, Kate sent un courant d'air et comprend que quelque chose ne va pas. Un volet du côté de l'immeuble qu'ils ne pouvaient voir du Tapas bar est ouverte. Madeleine n'est pas là. Kate fouille trois fois l'appartement avant de lancer l'alerte. (1) 
(1) Ce "trois fois" n'apparaît nulle part ailleurs (dans le récit 6, Kate fait le tour de l'appartement en courant). On remarque que le volet n'est pas identifié comme étant celui de la chambre des enfants, comme si celle-ci avait été sous surveillance. La tendance narrative fut d'écourter au maximum ce temps de recherche, les forumeurs s'étonnant que Kate ait cherché dans les placards, mais n'ait pas fait le tour du parking en appelant, alors qu'elle savait que Madeleine avait été prise.





6. Madeleine, One Year On - ITV - 30.04.2008

Un an après la disparition et à l'occasion du documentaire filmé par Emma Loach, surgit la version embryonnaire de ce qui deviendrait un an plus tard une vraie narration. L'émotion et les pensées face au lit vide sont absentes, en revanche  Kate MC décrit en détails ce qu'elle a fait après.
It was the fifth night. We reserved a table at 8.30. By 9.00 everybody was... was there. It was on the third check which was my check, errm... that I went, errm... and I discovered Madeleine had been taken.  I rushed round the apartment really quickly, just opened up cupboards and things, and then just went flying out down to the Tapas restaurant, shouting Someone's taken Madeleine. And that's when the nightmare started. I remember I just ran saying: "Not Madeleine, not Madeleine, not Madeleine" and I can just remember saying that over and over again. 
C'était la cinquième nuit. Nous avions réservé la table pour 8h30. Vers 9h tout le monde était là. Ce fut lors de la troisième ronde, qui était ma ronde (1).... que je suis partie... et ai découvert que Madeleine avait été prise. J'ai fait le tour de l'appartement vraiment à toute vitesse, j'ai ouvert les placards et des trucs, et puis j'ai volé jusqu'au restaurant Tapas en criant "quelqu'un a pris Madeleine". (2) Et c'est alors que le cauchemar a commencé. Je me souviens que je courais en disant "pas Madeleine, pas Madeleine, pas Madeleine" et je me souviens seulement que je me disais cela encore et encore.
(1) La première ronde (seulement auditive) a été faite vers 21h par Matthew MO de sa propre initiative, Gerald MC est parti faire la deuxième ronde (ronde visuelle) quelques minutes après le retour de Matthew MO. Vers 21h30 Matthew MO a proposé de faire une ronde (visuelle) à la place de Kate MC, dont c'était le tour. Vers 22h, c'était donc la quatrième ronde.

(2) Someone's taken Madeleine (quelqu'un a pris Madeleine) remplace they've taken her (ils l'ont prise), influence des forums, intrigués par ce que désignait "ils". Mais ce pronom personnel fut malencontreusement interprété comme défini, alors qu'il est ici clairement indéfini, équivalent de "on".

Les MC sont encore arguidos, donc tenus à la discrétion. Kate MC ne parle même pas de ce qu'elle a vu (le lit vide, par exemple) ni de la sensation causée par l'absence de Madeleine,  sa découverte se réduit à ce qu'elle n'a pas vu stricto senso, mais déduit, que "Madeleine a été prise".





En 2009, on entra dans l'ère du whoosh




La narration de la découverte s'agrémenta de ce vocable évoquant un mouvement rapide accompagné d'un sifflement, comme le bruit du vent dans les rideaux, à propos duquel les forumeurs (les dits sceptiques) firent des gorges chaudes.






7. Madeleine was here - Channel 4 - 07.05.2009 
Cette reconsfiction a été diffusée après le talk-show Oprah, mais tournée avant.

Deux ans après la disparition, Emma Loach tourna à PDL une recons-fiction à laquelle participèrent Gerald MC, Jane TB et Matthew MO et des figurants. Kate n'alla pas à PDL, aussi la reconstitution de la découverte fut-elle filmée dans la maison des MC, à Rothley, avant le Talk Show d'Oprah Winfrey. Le récit de la découverte s'est à présent doté d'une structure narrative. Les gestes sont moins nombreux que dans le Talk Show parce que Kate est "en situation", près d'une porte qu'elle fait bouger. Ce n'est pas la "vraie" porte de l'appartement 5A, Kate MC n'étant finalement pas allée tourner à PDL, mais c'est une porte qui s'ouvre comme celle du 5A. Il est intéressant de voir les gestes de Kate et les positions de la porte, puisqu'elle "reconstitue" ce qui s'est passé.
Ce récit trahit que Kate sait que personne n'est entré dans l'appartement après leur départ au restaurant. Or Gerald puis Matthew sont censés être venus. Le premier ne regardait jamais à l'intérieur de la chambre, selon son propre aveu, mais le second aurait très bien pu laisser la porte ouverte. Quelqu'un s'est-il étonné de ce détail ou est-ce Kate elle-même qui s'aperçut de sa bévue, toujours est-il qu'elle corrigera ce détail dans le récit pour Oprah.
I did my check about 10.00 'clock and went in through the sliding patio doors and I just stood, actually and I thought, oh, all quiet, and to be honest, I might have been tempted to turn round then, but I just noticed that the door, the bedroom door where the three children were sleeping, was open much further than we’d left it. I went to close it to about here and then as I got to here, it suddenly slammed and then as I opened it, it was then that I just thought, I’ll just look at the children and I could see Sean and Amelie in the cot and then I was looking at Madeleine’s bed which was here and it was dark and I was looking and I was thinking, is that Madeleine or is that the bedding. and I couldn’t quite make her out. It sounds really stupid now, but at the time, I was thinking I didn’t want to put the light on cos I didn’t wanna wake them and literally, as I went back in, the curtains of the bedroom which were drawn,… were closed, … whoosh … It was like a gust of wind, kinda, just blew them open and Cuddle Cat was still there and her pink blanket was still there and then I knew straight away that she had, er, been taken, you know.
Je suis allée faire ma ronde vers 22h et je suis entrée par la porte-fenêtre coulissante et je me suis arrêtée et j'ai pensé tout est tranquille et, honnêtement, j'ai pu être tentée de rebrousser chemin, mais j'ai remarqué que la porte de la chambre où dormaient les enfants était beaucoup plus ouverte que nous ne l'avions laissée. Je me suis approchée pour entrebâiller la porte mais, alors que je la ramenais dans cette position, la porte a soudain claqué. Je l'ai rouverte et puis je me suis dit que j'allais jeter un coup d'oeil sur les enfants. Je pouvais voir Sean et Amelie dans leurs lits pliants, puis j'ai regardé le lit de Madeleine qui était là (Kate tend la main en direction d'un lit imaginaire). Il faisait sombre et je regardais et je me demandais si c'était Madeleine ou les draps sans pouvoir la distinguer tout à fait. Cela a l'air vraiment stupide maintenant, mais à ce moment-là je me suis dit que je n'allais pas allumer parce que je ne voulais pas les réveiller et littéralement, alors que j'entrais dans la chambre, les rideaux qui étaient tirés, fermés, whoosh... Ce fut comme un coup de vent, qui fit s'ouvrir les rideaux, et Cuddle Cat était toujours là et la couverture (de réconfort) rose était toujours là et alors j'ai su immédiatement que Madeleine avait été prise.



Différences entre les narrations 7 et 8 (la 8 est en fait antérieure à la 7) :
- Elle tient la clenche lorsque le courant d'air lui arrache la porte.
- Mention des jumeaux. Kate dit qu'elle les voit, mais étant donné l'ouverture de la porte et comme elle n'entre pas, elle ne peut pas les voir. Il faudrait qu'elle ouvre beaucoup plus la porte pour voir (photo de la police technique) le lit pliant bleu et un des jumeaux, mais, si elle voulait voir l'autre lit, il lui faudrait entrer dans la chambre car le bout du lit est couvert d'un tissu opaque, non d'un filet comme le lit bleu.
- C'est lorsqu'elle entre dans la chambre, parce qu'elle n'arrive pas à distinguer MMC que le courant d'air fait voler les rideaux qui étaient tirés, révélant le lit vide.
- Pas de mention du volet et de la fenêtre.






8. Oprah Winfrey Talk Show - CBS - 24.04.2009

Deux ans après la disparition, la narration acquit ses traits caractéristiques et des gestes qui en parachevèrent l'éloquence. Le Talk Show fut diffusé avant la recons-fiction, mais le tournage de cette dernière eut lieu avant, donnant le temps de mettre au point le récit qui est plus détaillé ici qu'il ne l'est dans la recons-fiction.


KMC : I went at ten and I went into the apartment and there was no crying, I stopped and there was no crying. And then I just noticed that the door was quite open.
OW : Which door?
KMC : Their bedroom door sorry, and we usually have the door as Gerry said sort of not closed but ajar just so that a little bit of light gets in and it's not too dark in the room so I thought oh Matt must have gone in and left the door open. So I thought well I'll just close it over again, and as I went to close it over it slammed shut and I thought and it was like sort of you know a draught had caused it to shut so I turned behind me and I thought are the patio doors open and they were closed and I thought well that's strange so then I opened the door thinking I'll open it ajar a bit again and that was when I kind of looked into the room and when I just looked and it was quite dark and I was just looking and looking at Madeleine's bed and I was thinking is that her that I was looking for why isn't Madeleine there? And then in the end I walked over and thought oh, she's not in bed and then I thought maybe she's wandered through to our bed and that's why the door's open so I went through to our bedroom and she wasn't there and then I kind of see then I'm starting to panic a bit and I ran back into their room and literally as I went back into their room the curtains that were drawn over just "whoosh" flew open and that's when I saw that the shutter was right up and the window was pushed right open. And that was when I just knew that erm someone had taken her. So I, I mean I ran to the window and I didn't know what I thought was going to see but I ran to the window and then I quickly hmm quickly looked through the wardrobes I had I suppose this temporary thought she was cowering in a wardrobe or something anyway she wasn't there and I just ran out and soon as...
OW : If she was in a closet, in a closet?
KMC : Yeah just in case, just in case she's hiding or something I don't know and then I just went flying out the backdoor and erm ran to Gerry and just as soon as I saw the table where they were sitting I just started shouting "someone's taken her, Madeleine's gone" you know and erm that's how it all started really but erm [hyperventilates] 
KMC : Je suis partie à 22h et je suis entrée dans l'appartement et il n'y avait pas de pleurs, je me suis arrêtée et il n'y avait pas de pleurs. Et alors j'ai remarqué que la porte était grande ouverte. (1)
OW : Quelle porte ?
KMC : La porte de la chambre, pardon, et nous, comme Gerry l'a dit, normalement nous ne fermons pas la porte, nous la laissons entrebâillée pour qu'un peu de lumière entre à l'intérieur et qu'il ne fasse pas trop sombre dans la pièce, donc je me suis dit que Matt devait être entré et avait laissé la porte ouverte. Donc j'ai pensé que j'allais refermer un peu la porte à nouveau et je me suis approchée et la porte a claqué et je me suis dit que c'était une sorte de courant d'air qui l'avait fait claquer, donc je suis revenue en arrière pour voir si la porte-fenêtre était ouverte  mais elle était fermée. J'ai trouvé que c'était bizarre, puis j'ai ouvert la porte pour l'entrebâiller à nouveau et c'est alors que j'ai regardé dans la chambre et alors que je regardais, et il faisait très sombre, je regardais et regardais le lit de Madeleine et je me demandais pourquoi, si je la cherchais, elle n'était-elle pas là. Et finalement je suis entrée et je me suis dit "oh elle n'est pas dans son lit" et alors je me suis demandé si elle était allée dans notre lit et si c'était pour cela que la porte était ouverte. Je suis donc allée dans notre chambre et elle n'y était pas et alors j'ai commencé à paniquer un peu et je me suis retournée précipitamment dans la chambre des enfants et littéralement alors que j'entrais dans la chambre les rideaux qui étaient fermés, whoosh, se sont envolés en s'écartant (Kate mime ici le mouvement des rideaux vers l'extérieur en écartant les bras) et c'est alors que j'ai vu que le volet et la fenêtre étaient ouverts (2). Et c'est là que j'ai su que quelqu'un l'avait prise. Alors j'ai couru vers la fenêtre et je ne savais pas ce que je pensais que j'allais voir, mais j'ai couru vers la fenêtre (3) et puis j'ai rapidement regardé dans les placards. J'imagine que j'ai eu l'idée passagère qu'elle s'était tapie dans le placard ou je ne sais quoi, elle n'était pas là et je me suis précipitée dehors et...
OW : Si elle était dans un placard, dans un placard ?
KMC : Ouais seulement au cas où elle se serait cachée ou je ne sais quoi et alors que j'ai foncé par la porte-fenêtre et j'ai couru vers Gerry et dès que j'ai vu la table où ils étaient assis, je me suis mise à crier "quelqu'un l'a prise, Madeleine est partie" et c'est comme ça que tout a commencé réellement.

(1) Dans cette narration de la découverte de la disparition, Kate MC semble réciter plus que chercher à dépeindre et à faire sentir ce qui s'est passé. D'où le j'ai remarqué que la porte était grande ouverte qui amène légitimement Oprah, qui veut se représenter clairement la situation,  à demander quelle porte ? Comme si Kate n'était pas consciente que Oprah n'a pas forcément dans la tête le scénario du drame.
(2)
Kate pour la première fois dit avoir pensé que la porte "trop ouverte" était due à Matthew MO, qui l'aurait poussée pour entrer dans la chambre (comme si Matthew finalement n'avait pas dit la vérité dans ses dépositions, à savoir qu'il s'était arrêté pour écouter à quelques pas de la porte, car celle-ci était ouverte). À ce point de son récit, elle s'est manifestement positionnée mentalement dans la chambre car elle indique, quelques secondes plus tard, par un mouvement de droite à gauche, comment la moitié droite de la fenêtre coulissante a coulissé le long de la gauche. Tout en parlant, alors qu'elle a joint ses mains sur son coeur, elle déplie rapidement ses bras tout en les écartant, indiquant le mouvement des rideaux vers l'extérieur de la fenêtre, autrement dit dans le sens opposé au bon sens (puisqu'il n'y a pas d'appel d'air, la porte-fenêtre étant fermée).
(3) Kate ensuite court vers la fenêtre, mais elle ne dit pas si elle regarde dehors, ni ce qu'elle voit, elle coupe court pour dire qu'elle regarde dans les placards, ce qui étonne Oprah. Courir vers la fenêtre est un ajout récent, Kate a appris, en parcourant les PJFiles, que les seules empreintes découvertes sur la fenêtre étaient les siennes (elle avait déclaré dans sa première déposition qu'elle n'avait jamais touché à la fenêtre). Par ailleurs, nombreux sont ceux, sur les forums, qui s'étaient étonnés qu'elle ne se soit pas penchée sur le rebord de la fenêtre pour scruter le parking, appeler et écouter.  



 On remarque que :
. KMC ne mentionne pas les jumeaux.
. C'est en entrant dans la chambre que KMC s'aperçoit que MMC n'est pas dans son lit.
. Le courant d'air dans les rideaux ne révèle que le volet et la fenêtre ouverts.
. Il y a eu deux courants d'air, celui qui a claqué la porte au nez et celui qui a écarté les rideaux. Comme elle avait (curieusement) fermé la porte-fenêtre, pourquoi n'y a-t-il eu aucun courant d'air entre l'enlèvement et l'arrivée de Kate (étant donné la porte ouverte et les rideaux fermés) ?




9. Interview au bord du Tage - RTP1 - 30.04.2010
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SF : Quand vous êtes entrée dans l'appartement à 10h et que vous n'avez pas vu Madeleine, vous avez couru... en criant qu'elle n'était plus là. N'avez-vous pas eu peur de laisser derrière Sean et Amelie ? À quoi avez-vous pensé ?
KMC : Tout d'abord je ne suis pas simplement entrée et ai vu qu'elle n'était pas là...(1) C'était le fait que la porte de la chambre était très ouverte. Quand je me suis approchée pour refermer la porte, elle a claqué et c'est alors que j'ai remarqué que Madeleine n'était pas là. (2) Et puis je me suis dit qu'elle était allée se mettre dans notre lit, donc je suis allée dans notre chambre et elle n'était pas là et alors je suis revenue. Et... et alors j'ai littéralement couru en rond dans l'appartement lorsque j'ai réalisé que la fenêtre et le volet étaient ouverts. J'ai couru en rond l'appart... et j'ai juste couru. Je ne sais pas, je ne sais... j'ai juste couru, je veux dire, je savais que je pouvais arriver au restaurant en quelques secondes et j'ai crié dès que j'ai vu la table. J'ai crié.
SF : Est-ce qu'il ne vous est pas passé par la tête que Madeleine serait capable de sortir, seulement pour vous chercher, toute seule ? (3)
KMC : Si je peux juste expliquer ce que j'ai trouvé. Les persiennes qui avaient été fermées toute la semaine et quand je suis entrée et il y a eu un courant d'air qui a fait s'ouvrir les rideaux, c'est alors que j'ai remarqué que le volet était ouvert.
(1) SF a manifestement frustré Kate MC, en l'interrogeant non sur  la "découverte" de la disparition, mais sur l'abandon des jumeaux pour rejoindre le groupeAussi Kate MC la rappelle-t-elle à l'ordre, la narration ne se réduit pas à "entrer et constater que Madeleine n'est plus là", ce qui introduit la constatation est essentiel. La découverte de la disparition est expédiée en quelques mots  (la négation est inaudible).
(2)  C'est probablement un "short cut", mais étrange compte tenu des détails inutiles du récit.
(3) SF dit able to cross ou close the door au lieu de go out, mais le sous-titre est sans ambiguïté, elle a voulu dire "sortir".



On comprend que la porte trop ouverte est un détail crucial puisque, sans cette trop grande ouverture, allez savoir quand les MC se seraient aperçus de la disparition de MMC. Mais la suite est bancale (à cause des préliminaires frustrés ?) : la porte claque et alors KMC s'aperçoit que MMC n'est pas dans son lit. Donc elle va voir dans sa chambre à elle, puis revient et tourne en rond... réalisant (pas de whoosh) que la fenêtre et le volet sont ouverts (rien sur les rideaux), elle a couru, elle ne sait pas, elle a couru. 
Elle n'a pas répondu à la question de SF, celle-ci reformule sa question. Kate ne répond pas davantage, mais, réalisant peut-être que son récit était confus et qu'elle a oublié les rideaux, parle du volet : elle est entrée (quand ?) et un courant d'air (un deuxième ?) fait voler les rideaux, révélant le volet ouvert.
On remarque que ce récit est très décousu, KMC a oublié quelques segments... mais ne sait comment revenir en arrière. Manifestement elle n'est pas habituée à ce que l'on intervienne alors qu'elle prononce cette narration sacrée..





 
10. "Madeleine" - Kate MC - mai 2011 (publication)
On our arrival we had lowered the blind-style shutters on the outside of the windows, which were controlled from the inside, and closed the curtains. We left them that way all week. This early in the season, the nights were not that warm, there was no need to open a window and we reasoned that having the shutters down and the curtains drawn would keep it cool during the day. Although it meant the room was very dark, the children weren’t going to be in there in the daytime, and at night we always left the door ajar to let in a little light.......
At 10pm I went back to the apartment myself. I entered the sitting room via the patio doors, as Gerry and Matt had done, and stood there, listening, for a few seconds. All was silent. Then I noticed that the door to the children’s bedroom was open quite wide, not how we had left it. At first I assumed that Matt must have moved it. I walked over and gently began to pull it to. Suddenly it slammed shut, as if caught by a draught. A little surprised, I turned to see if I’d left the patio doors open and let in the breeze. Retracing my steps, I confirmed that I hadn’t. Returning to the children’s room, I opened the door a little, and as I did so I glanced over at Madeleine’s bed. I couldn’t quite make her out in the dark. I remember looking at it and looking at it for what was probably only a few seconds, though it felt like much longer. It seems so daft now, but I didn’t switch on the light straight away. Force of habit, I suppose: taking care to avoid waking the children at all costs. When I realized Madeleine wasn’t actually there, I went through to our bedroom to see if she’d got into our bed. That would explain the open door. On the discovery of another empty bed, the first wave of panic hit me. As I ran back into the children’s room the closed curtains flew up in a gust of wind. My heart lurched as I saw now that, behind them, the window was wide open and the shutters raised all the way up. Nausea, terror, disbelief, fear. Icy fear. Dear God, no! Please, no!
On Madeleine’s bed, the top right-hand corners of the covers were still turned over, forming a triangle. Cuddle Cat and her pink princess blanket were lying where they’d been when we’d kissed her goodnight. I dashed over to the second bed, on the other side of the travel cots where the twins slept on, oblivious and looked out through the window. I’ve no idea what I expected to see there. Refusing to acknowledge what I already knew, and perhaps automatically going into a well-practised medical-emergency mode, I quickly scoured the apartment to exclude all other possibilities, mentally ticking boxes that I knew, deep down, were already ticked. I checked the wardrobe in the children’s room. I ran into the kitchen, throwing open all the cupboard doors, into our bedroom, searching the wardrobes, in and out of the bathroom, all within about fifteen seconds, before hurtling out through the patio doors and down towards Gerry and our friends. As soon as our table was in sight I started screaming. ‘Madeleine’s gone! Someone’s taken her!’ 
 

En arrivant, nous avions fermé le volet extérieur, contrôlé de l'intérieur, et tiré (fermé) les rideaux. Nous les avons laissés ainsi toute la semaine. En ce début de saison les nuits n'étaient pas si chaudes, il n'était pas nécessaire d'ouvrir une fenêtre et nous avons pensé que le volet fermé et les rideaux tirés maintiendraient la fraîcheur pendant la journée. Bien que cela signifiât que la chambre était très obscure, les enfants n'y allaient pas pendant la journée et, la nuit, nous laissions toujours la porte entrebâillée pour qu'entre un peu de lumière...
À 22h, je suis retournée moi-même à l'appartement. Je suis entrée dans la salle de séjour par la porte-fenêtre, comme Gerry et Matt, et je suis restée à écouter pendant quelques secondes. Tout était silencieux. Puis j'ai remarqué que la porte de la chambre des enfants était grande ouverte, pas comme nous l'avions laissée. D'abord j'ai pensé que Matt devait l'avoir ouverte. Je me suis approchée et j'ai commencé doucement à la refermer. Soudain elle a claqué, comme si elle avait été prise dans un courant d'air. Un peu surprise, je me suis retournée pour voir si j'avais laissé la porte-fenêtre ouverte et laissé entrer la brise. Je suis revenue en arrière et j'ai vérifié que non. Je suis revenue vers la chambre des enfants, j'ai ouvert un peu la porte tout en regardant vers le lit de Madeleine. Je n'arrivais pas à la distinguer dans l'obscurité. (1) Je me souviens de regarder et de regarde pendant ce qui a probablement été seulement quelques secondes, bien que j'eusse le sentiment que c'était bien plus long. Ça a l'air idiot maintenant, mais je n'ai pas tout de suite allumé la lumière. La force de l'habitude, je suppose, prendre soin d'éviter de réveiller les enfants à tout prix. (2)  Quand j'ai réalisé que Madeleine n'était pas là en réalité, je suis allée dans notre chambre voir si elle s'était mise dans notre lit. Cela expliquerait la porte ouverte. Découvrir un autre lit vide a fait monter en moi une vague de panique. Alors que je retournais en courant vers la chambre des enfants, les rideaux, qui étaient fermés, se sont envolés dans un coup de vent. (3) Mon coeur a vacillé, je voyais maintenant que, derrière les rideaux, la fenêtre était grande ouverte et le volet complètement enroulé. Nausée, terreur, incrédulité, peur. Peur glacée. Dieu béni, non ! S'il vous plaît, non !
Sur le lit de Madeleine, le coin droit du drap et de la couverture était toujours replié, formant un triangle. Cuddle Cat et la couverture rose de princesse se trouvaient là où ils étaient quand nous l'avions embrassée en lui souhaitant bonne nuit. Je me suis ruée vers le second lit, de l'autre côté des lits pliants où dormaient les jumeaux, je ne me rendais compte de rien, et j'ai regardé par la fenêtre.
(4) Je n'avais aucune idée de ce que je m'attendais à voir là. (5) Je refusais de réaliser ce que je savais déjà, (6) et j'avançais automatiquement, peut-être selon le mode de la bonne pratique de l'urgence médicale, j'ai parcouru rapidement l'appartement pour exclure toutes les autres possibilités, en cochant mentalement les cases que je savais, au fond, déjà cochées. J'ai fouillé le placard de la chambre de enfants. J'ai couru dans la cuisine en ouvrant toutes les portes de placard, dans notre chambre en scrutant les placards, je suis entrée et sortie de la salle de bain, tout ça en à peu près 15 secondes, avant de me foncer dehors par la porte-fenêtre et de dévaler la pente vers Gerry et nos amis. Dès que j'ai aperçu notre table, je me suis mise à crier. Madeleine est partie ! Quelqu'un l'a prise.
 
(1) La pleine lune vient de se lever, les persiennes, si elles sont ouvertes, doivent laisser entrer la lumière du corridor et l'éclairage public, filtrés par les rideaux. Comment la chambre peut-elle être si obscure ? Gerald s'est attendri sur la beauté de sa fille quarante minutes plus tôt, il a vu qu'elle était dans la position où il l'avait laissée avant de partir dîner.
(2) Si elle réveillait, adieu veau, vache, cochon... autrement dit dîner.
(3) Dans le documentaire, tourné un an avant, c'est quand et parce que les rideaux "whoosh" que Kate voit le lit vide. Évidemment, du point de vue cinématographique, l'effet d'un rayon de lumière sur le lit vide est dramatiquement supérieur. Par ailleurs la fenêtre ne peut être "grande ouverte" parce que seule la moitité de cette fenêtre coulissante peut être rabattue sur l'autre.
(4) Un peu compliqué sans lumière, les lits pliants bloquant le passage.
(5) Madeleine bien sûr ! Kate ne dit pas ce qu'elle a vu par la fenêtre, elle n'est pas sortie par la porte principale pour fouiller le parking. Mais le plus étonnant est qu'elle ait pas appelé "Madeleine". Nulle part il n'est fait allusion à la voix.
(6) Comme si elle l'avait planifié... Une hypthèse qui ne lui était pas plus passée par la tête, tout étant si tranquille, si paisible, qu'elle n'avait été envisagée par leurs compagnons de voyage. Si les TB verrouillaient tout à double tour, c'est qu'ils craignaient que leur fille aînée (quelques mois de moins que Madeleine) ne se réveille et... sorte.




  

11. Entretien avec Piers Morgan - CNN - 11.05.2011
Piers Morgan : I want to talk to you about the moment you discovered that Madeleine had gone........ What was the exact moment -- let me ask you, Kate -- when you realized Madeleine had gone ?
KMC : Well, I went back to do a check at 10:00 and I went through the patio doors at the back. And I listened for a minute in the living room. And it was all quiet. I just noticed that the door to the children's bedroom was quite far open. And we always leave it just so it's slightly ajar, just to let a little bit of light in. And I thought to myself, did Matt leave the door open at half nine? Matt checked on the half nine. And I thought, that must be what happened. So I went to close over the children's door. And just as I was about to close it, it kind of slammed. Like a gust of wind had shut it. Then I thought I'd left the patio doors open. So I just checked and they were closed.  And then I went back just to open the door again a little bit. And just as I was doing that I just -- I just glanced at Madeleine's bed which was by the wall.  And it was really dark and I couldn't quite make her out. But I just kept looking for what felt like minutes thinking, you know, where is she, you know? It seems daft now because normally you'd think I'd put the light on. But in fact it's that in built thing of don't wake the kids up. And then I looked and realized she wasn't there. And I thought, had she gone through to our bedroom? And you know that would explain why the door was open as well. So I just quickly looked in our room. And she wasn't there. And that's probably the first time that panic starts to build.  So I'm back into her room. And just as I did that, it was the curtains which were closed just kind of blew open. And hmm I noticed that the shutter was open. The window was open


PM : And what did you think in that moment?
KMC : I thought someone's taken her.

PM : You went down to tell Gerry straight away?
KMC : Yes. I just basically and quickly whisked around the apartment, like 15 seconds. I don't know why. In my head, I was just thinking if someone's been in and she's cowering somewhere I guess is why I did it. And then I just flew out through the back, down the stairs to the restaurant. And as soon as the table was in sight, I just started screaming "Madeleine is gone". And then they all jumped up and Gerry said "she must be there, she must be there". But obviously I knew.

Piers Morgan : Je voudrais vous parler du moment où vous avez découvert que Madeleine était partie... À quel moment exactement, permettez-moi de vous demander, Kate, avez-vousalisé que Madeleine était partie ?  (1)
KMC : Bon, je suis revenue pour faire une ronde à 10h et je suis passée par la porte-fenêtre arrière. Et j'ai écouté pendant une minute dans la salle de séjour. Et tout était tranquille. J'ai seulement remarqué que la porte de la chambre des enfants était grande ouverte. Et nous la laissons toujours légèrement entrebaîllée, juste pour laisser passer un petit peu de lumière. Et je me suis demandé si Matt avait laissé la porte ouverte à 9h30. Matt avait fait une ronde à 9h30. Et je me suis dit que ce devait être ça.  (2) Je me suis donc approchée pour refermer la porte des enfants. Et juste au moment où j'allais la fermer, elle a comme claqué. Comme si un courant d'air l'avait fermée. Alors je me suis dit que j'avais laissé la porte-fenêtre ouverte. (3) Je suis allée voir et elle était fermée. Et alors je suis revenue pour ouvrir la porte à nouveau, juste un petit peu. Et alors que je rouvrais la porte j'ai juste... j'ai juste jeté un coup d'oeil vers le lit de Madeleine qui était contre le mur. (4) Et il faisait vraiment sombre et je n'arrivais pas à la distinguer. Mais je suis restée là à essayer de voir pendant plusieurs minutes, je pensais où est-elle,  donc ça a l'air idiot maintenant parce qu'on se dit que j'aurais dû allumer. Mais en fait c'est cette idée intériorisée qu'il ne faut pas réveiller les enfants. (5) Et alors j'ai regardé et réalisé qu'elle n'était pas là. Et je me suis demandé si elle était allée dans notre chambre. Et vous savez ça aurait expliqué aussi pourquoi la porte était ouverte. Donc je suis vite allée regarder dans notre chambre. Et elle n'y était pas. Et c'est probablement que la panique a commencé à m'envahir. Je me suis précipitée à nouveau dans sa chambre et juste au moment où j'arrivais, les rideaux qui étaient fermées se sont soudain ouverts. Et hum j'ai vu que les persiennes étaient ouvertes. La fenêtre était ouverte.

PM : Et qu'avez-vous pensé à ce moment-là ?
KMC : J'ai pensé que quelqu'un l'avait prise.

PM : Vous êtes partie le dire à Gerry immédiatement ?
KMC : Oui. J'ai juste fait un tour de base rapide (6) de l'appartement pendant
une quizaine de secondes. Je ne sais pas pourquoi. (7) Dans ma tête, je me disais que si quelqu'un était entré, elle pouvait s'être cachée quelque part, je pense que c'est pour ça que j'ai fait le tour de l'appartement. Et puis j'ai couru par l'arrière, descendu les marches vers le restaurant. Et dès que la table a été en vue, j'ai commencé à crier "Madeleine est partie". Et alors ils se sont tous levés d'un bond et Gerry a dit "elle doit être là, elle doit être là". Mais évidemment je savais.


(1) Remarquer que Kate ne répond pas économiquement à la question qui porte sur le constat de la disparition, mais commence la narration, à présent très rôdée, au commencement. Le seul point pertinent tient en quelques mots : Et alors j'ai regardé et réalisé qu'elle n'était pas là.
(2) Ce détail est une nouveauté narrative, inspirée sans doute par les commentaires de détectives en pantoufles qui remarquèrent très vite que si Matthew MO avait vu les jumeaux de loin grâce à la porte ouverte et si personne n'était entré dans l'appartement entre son passage et l'arrivée de Kate MC, la porte devait logiquement être ouverte.
(3) De son propre aveu elle ne compte pas entrer dans la chambre, mais écouter pendant une minute et s'en retourner. Pourtant elle prend la peine de faire glisser la porte-fenêtre complètement, derrière les rideaux et les double-rideaux ?
(4) La narration a changé depuis la recons-fiction. Sur le point de refermer la porte, elle ne pense pas que tant qu'elle y est elle va jeter un oeil dans la chambre. Mais il est tout simplement impossible de rouvrir la porte et voir le lit de Madeleine sans engager la tête à l'intérieur.
(5) Si on les réveille, on les a sur les bras...
(6) A-t-elle allumé la lumière ? Remarquer l'absence de whoosh dans cette narration. Il est possible que Kate MC se soit sentie intimidée. PM vient à plusieurs reprises de les embarrasser en insistant sur le fait qu'il est incompréhensible que deux médecins, donc des parents avertis, aient laissé leurs enfants seuls alors qu'ils pouvaient pour une somme modique, engager une baby sitter. Alors que Gerald essaie éperdument de donner le change et finit par botter en touche (l'important, c'est celui qui a pris, pas les circonstances), Kate se désolidarise et acquiesce de la tête.
(7) Certains, sur les forums, se sont étonnés que, certaine de l'enlèvement, Kate MC ait cherché dans l'appartement. Elle parle de 15", mais Gerald se préparait à aller voir ce qui se passait, car 10' s'étaient écoulées depuis le départ de Kate. 










12.  TV SVT (Skavlan Talk Show) - 23.03.2012

Presque 5 ans ont passé. Cette fois les MC sont invités en Suède et l'inévitable question sur la découverte de la disparition surgit 
Well it was 10 o'clock when I went to check on Madeleine and, errm... I walked into the sitting room of the apartment and I noticed that the children's bedroom door was open further than we'd left it. We always close it quite far over but just enough so some light gets in and it was quite open. And it was our friend Matt who had checked on the children at half past nine when he was checking on his daughter next door, and I thought to myself well maybe... maybe Matt's left the door open when he's checked on them. (1) So I walked over to the bedroom door and I was about to close it to again, and as I did that, it kind of slammed shut, and I thought, 'oh, there must be a draught' and I checked the door behind me and I hadn't left that open. And then I opened the door again, of the children's bedroom, just to leave it open a little bit and that's when I really looked in. (2) And I... I couldn't quite make out Madeleine in her bed and I just looked and looked and, errm... it was obviously quite dark, (3) and it must be a parental thing where you don't switch a light on in case... you're worried about waking them but then I realised she wasn't actually there and I thought, well she must have wandered through to our bedroom and maybe that would explain why the door was open. So I went into... to our bedroom and she wasn't there (4) and that was the first time really that the panic hit and I just ran back into her bedroom, and literally at that point, errm... the curtains which were closed just kind of flew open and that was when I noticed that the window was open as far as it could go and the shutters outside had been raised all the way up. And I just knew straight away that someone had, errm... taken her, so...  (5) 
Eh bien il était 22h quand je suis allée voir si Madeleine allait bien et... hum... Je suis entrée dans la salle de séjour de l'appartement et j'ai remarqué que la porte de la chambre des enfants était plus ouverte que nous ne l'avions laissée. Nous la fermons toujours presque complètement, juste assez pour laisser entrer un peu de lumière, mais la porte était grande ouverte. Et c'était notre ami Matt qui avait vu les enfants à 21h30 quand il faisait sa ronde dans l'appartement d'à côté où dormait sa fille.. et je me suis dit que peut-être Matt avait laissé la porte ouverte lorsqu'il était venu. (1)  Donc je me suis approchée de la porte et j'allais la refermer à nouveau, et à ce moment-là la porte a comme claqué et je me suis dit "oh, il doit y avoir un courant d'air" et je suis revenue en arrière mais ne n'avais pas laissé la porte-fenêtre ouverte. Alors j'ai rouvert la porte, celle de la chambre des enfants, pour l'entrebâiller à nouveau et c'est alors que j'ai regardé à l'intérieur. (2) Et je... je n'arrivais pas à discerner Madeleine dans le lit and je regardais, je regardais et, hum... il faisait évidemment très sombre (3) et ce doit être ce truc parental de ne pas allumer la lumière au cas... vous faites attention de ne pas les réveiller, mais j'ai réalisé qu'en réalité elle n'était pas là et je me suis dit, bon, elle doit être allée dans notre chambre et ça pourrait expliquer pourquoi la porte était ouverte. Donc je suis allée dans... vers notre chambre et elle n'était pas là (4) et c'est alors que le panique s'est emparée de moi et j'ai couru vers sa chambre et c'est alors que littéralement, hum, les rideaux qui étaient fermés se sont envolés en s'écartant et que j'ai remarqué que la fenêtre était ouverte au maximum et les persiennes remontées jusqu'en haut. Et j'ai su immédiatement que quelqu'un l'avait, hum.. l'avait prise, donc. (5) 

(1) Pourquoi "peut-être", pourquoi pas "sûrement", quelle autre possibilité y avait-il puisque Madeleine ne quittait jamais son lit pour aller dans celui de ses parents avant minuit ?
(2) Sans cette porte qui claque Kate n'aurait pas regardé dans la chambre, tout comme Gerald n'a eu sa dernière vision de Madeleine que parce que la porte était trop ouverte. 
(3) Est-ce si évident ? Quand Gerald, puis Matthew avaient fait leur ronde, ils n'avaient pas eu besoin d'allumer..
(4) Il ne semble pas que Kate ait allumé la lumière. En tout cas Gerald qui se faisait fort de surveiller l'appartement, n'a rien vu. Il est vrai qu'il était assis le dos tourné à l'immeuble.
(5) Il faut un sacré coup de vent pour faire voler des rideaux qui sont coincés derrière un lit et une chaise, en l'absence d'appel d'air opposé. Et seule une intervention humaine pourrait les remettre derrière le lit et derrière la chaise, où la police scientifique les a trouvés..




Cette structure narrative (12) est très proche de la (11). Le récit s'est stabilisé, le passage de Matthew MO vers 21h30 est entériné (depuis fin avril 2009, talk show Oprah).
Bien que Kate utilise beaucoup ses bras pour mimer l'ouverture de la fenêtre, la porte qui claque, etc., le mot "whoosh" n'illustre pas la narration "suédoise". Mais il est de retour l'année d'après, dans la narration "Crimewatch".





13. Crimewatch - UK - 13.10.2013
KMC : So at ten o’clock, em.. I got up to do the next check. I’d finished eating then so I headed back to the apartment the usual route. And I just stopped and listened in the living area for a bit and it was all quiet but it just caught my eye that the children’s door was quite far open. And at that point I thought it must have been when Matt checked and he’s left it open. And as I was just drawing it over, it was like it had been caught by a draft and it just kind of slammed shut. It was only at that point really that as I kind of opened it a bit, I kind of looked into the room. And I was, I guess I was looking at Madeleine’s bed and I couldn’t, couldn’t make her out. And then I realized actually she’s not in that bed. Aw, I wonder if she’s woken up and gone through to our bed. She wasn’t in our bed. And that was, that was the first time I guess, you know, a panic kicked in. And it was literally at that point the curtains I said that were closed just kinda whoosh. And then I could see that the window had been pushed right open. The shutters were up. So, em, sorry, err, so, so I kinda knew straight away then that Madeleine had been taken.
Donc à 22h, hum... je me suis levée pour faire la ronde suivante (1)  j'avais fini de dîner, donc je suis partie vers l'appartement par le le chemin habituel. Et je me suis arrêtée dans le salon pour écouter un peu et tout était calme, mais mon œil est tombé sur la porte qui était grande ouverte. Je me suis d'abord dit que Matt avait dû la laisser ouverte quand il était entré. Et comme j'allais refermer la porte, elle a été comme saisie par un courant d'air et elle a comme claqué. Ce n'est qu'à ce moment-là vraiment que, alors que je l'ouvrais un peu, j'ai comme regardé à l'intérieur de la pièce. Et j'étais..., je pense que je regardais le lit de Madeleine et je n'arrivais pas, je n'arrivais pas à la distinguer. Et puis j'ai réalisé qu'en fait elle n'était pas dans ce lit. Je me suis demandé si elle s'était réveillée et était allée dans notre lit. Elle n'était pas dans notre lit. Et c'est alors je pense que la panique s'est mise à m'envahir. Et c'est littéralement à ce moment-là que les rideaux qui étaient fermés ont comme whoosh ! (2) Et alors j'ai pu voir que la fenêtre (coulissante) avait été ouverte. Les persiennes étaient remontées. Donc, erm.. désolée, erm... j'ai comme su immédiatement alors que Madeleine avait été prise.
(1) Le journaliste vient de dire que Jane est partie relayer Russell, resté auprès de sa fille malade.
(2) Kate MC fait avec les bras un mouvement opposé à ce que les rideaux auraient fait si le vent les avait poussés. Les rideaux devraient voler vers elle et non loin d'elle. Pour la première fois Kate MC se montre émue à la fin de cette narration. Il faut savoir que c'est d'après sa narration (pas sa première déposition, mais l'ébauche, dans la ligne de temps, ce qui sera "sa" narration) et celle de Gerald (pas sa première déposition, mais la seconde, faite une semaine plus tard) que les acteurs vont représenter.




Quand le conteur n'invente pas, la place dominante est donnée à l'événement lui-même (50% de la narration, contre 25% pour les temps 1 et 3). 
Formellement, ces proportions sont une garantie d'authenticité.
Quand le conteur invente, la phase d'introduction est lourde, elle peut occuper 70% et plus du récit. 85% des dépositions fallacieuses ont une introduction plus riche en information que la narration de l'événement lui-même.
De ce point de vue la narration de Kate MC est caricaturale. La constatation de la disparition de Madeleine est réduite au minimum, Kate ne touche pas au lit, n'allume pas pour s'assurer qu'elle n'a pas la berlue. Elle ne dit pas que Madeleine a disparu, mais saute immédiatement à la conclusion qu'on l'a enlevée.
On s'attendrait à ce qu'elle dise d'emblée : Je suis entrée et Madeleine n'était plus là. Tout le reste relève du détail, est trivial.
Il n'y a pas un mot sur les jumeaux dans ces dernières narrations. Si Kate ne fait qu'entrebâiller la porte, elle ne peut pas les voir, elle ne peut voir que le lit de Madeleine.