Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

08 - JAN 31 - Rapport intercalaire J. Carlos


RAPPORT INTERCALAIRE - inspecteur João Carlos - 31-01-2008

Entre le rapport de Tavares de Almeida et ce rapport, l'équipe chargée de l'enquête sur la disparition de Madeleine MC changea de coordinateur. Paulo Rebelo, qui remplaça Gonçalo Amaral début octobre 2007, effectua une revue de l'enquête afin d'essayer de relier les faits et les circonstances d'un dossier déjà volumineux



Le rapport débute par un rappel des faits. (1) L'appartement est le plus accessible de tous. (2) Le groupe des neuf est décrit comme homogène car six étaient médecins et tous étaient venus avec de très jeunes enfants. Liés par l'amitié, ils ont déjà fait des séjours ensemble. (3) Malgré des efforts titanesques déployés, les heures sans compter et les méthodes utilisées, la recherche s'est avérée stérile.

Les deux premiers objectifs de la PJ furent de localiser l'enfant et de découvrir la vérité des faits. Dans cette optique les neuf furent interrogés, les parents, Jane TB (signalement) et Matthew MO (dernière ronde) étant les plus cruciaux.
Évoquant le goûter/dîner des enfants (4), JC parle pour le 3 mai, de routine suivie comme d'habitude. (5) Il prend en compte la deuxième narration de Gerald MC (10 mai) (pour aller au restaurant ils sortirent de l'appartement par la porte-fenêtre) et mentionne que les MC utilisaient quotidiennement cette porte (qu'ils devaient laisser légèrement entrouverte, faute de poignée), justifiant cette pratique (risquée) comme étant le chemin le plus court. (6) Le rapport signale quand même que, selon quelques indices, les rondes n'étaient pas effectuées toutes les demi-heures comme prétendu.

JC indique que les MC, premiers arrivés au restaurant, avaient engagé la conversation avec un couple de Britanniques qui ne faisait pas partie du groupe mais se trompe sur la première ronde. Seul Matthew MO (et non lui et Russell TB) allèrent écouter aux fenêtres des enfants (du côté nord). (7)  Il observe que Gerald MC partit faire une ronde à 21h05, alors que Matthew MO venait de dire que tout était silencieux. (8) 
Dans l'appartement, Gerald remarqua que la porte de la chambre des enfants était plus ouverte qu'il ne l'avait laissée. (9)  Ramenant la porte à l’entrebâillement, Gerald vit les trois enfants dormir paisiblement. Près de la grille du patio il rencontra un partenaire de tennis, Jeremy W avec qui il bavarda quelques minutes. (10) Vers 21h10, Jane TB partit voir ses enfants (11)  et, alors qu'elle passait à côté de Gerald et de Jeremy, qui ne la virent pas, elle aperçut un homme portant un enfant en haut de la rue qu'il traversa. L'enfant était pieds nus et en pyjama, Jane pensa voir un père portant son enfant. (12)  Jane parla du porteur d'enfant quand elle apprit que Madeleine avait disparu, et associa l'enfant à Madeleine grâce au pyjama de l'enfant. (13)  Seule put être diffusée dans les médias une description des vêtement de l'homme.

JC évoque la ronde de Matthew (en omettant Russell) (14)  Matthew, censé avoir proposé de faire la ronde de Kate MC à sa place, fit le tour de l'immeuble et entra par la porte-fenêtre. Il vit les jumeaux de loin, car la porte était ouverte. Il ne pouvait pas voir le lit de Madeleine, mais comme tout était calme, il s'en alla et annonça que tout allait bien. Interrogé sur ce point le lendemain, il déclara que la chambre des enfants était plus éclairée qu'elle n'aurait été si les persiennes avaient été baissées, mais ne put en dire davantage. (15)

JC évoque ensuite la découverte de la disparition, reproduisant la narration de la chronologie collective, élaborée et signée par le groupe des neuf : Kate vit la porte des enfants plus ouverte qu'elle ne devrait ; au moment où elle allait la ramener à l’entrebâillement, elle sentit un courant d'air qui la fit regarder à l'intérieur de la chambre ; elle s'aperçut que le lit de Madeleine était vide, la fenêtre grande ouverte (en fait, coulissante, elle ne pouvait ouvrir qu'à demi) ainsi que les rideaux. Le lit paraissait fait, la peluche de l'enfant sur l'oreiller. (16)  Kate fouilla tout l'appartement puis, laissant les jumeaux qui dormaient (et que l'agitation, les cris n'allaient pas réveiller), elle courut vers le Tapas crier que sa fille avait été prise, compte tenu de la fenêtre ouverte. Le groupe se rendit sur les lieux avec des employés de l'OC qui fouillèrent l'appartement et les abords de l'immeuble plusieurs fois. (17) Les gendarmes, appelés à 22h41, vérifièrent que l'enfant avait bel et bien disparu.

Quatre photos de l'enfant disparue furent remises au commandant de la gendarmerie de Lagos. Une enquête chercha à établir l'origine de ces photos. La police scientifique, arrivée sur la scène du crime après minuit releva des empreintes qui s'avérèrent toutes provenir des occupants de l'appartement. Plusieurs sortes de vestiges biologiques furent prélevés dans la chambre des enfants, sans permettre toutefois d'élucider les faits.
Le jour suivant une cellule mobile de la gendarmerie fut montée en face de l'immeuble G5 afin de recevoir, traiter et canaliser les informations sur la disparition. Des centaines d'autres informations furent envoyées par courriel ou téléphone, mais aucune n'indiqua où se trouvait l'enfant ni n'éclaira les faits.

Les médias britanniques furent alertés pendant la nuit du 3 au 4 mai. Sky News ouvrit son journal de 7h (18) avec la nouvelle de la disparition d'une petite Britannique. PDL fut rapidement été envahi par une présence médiatique hors norme, cherchant à savoir ce que faisait la police, spéculant et imaginant des scénarios, certains plausibles, d'autres fantaisistes. Le rapport remarque qu'il y eut tant de constructions narratives qu'on peut être sûr que, à part l'enlèvement, aucune autre possibilité ne fut écartée. La thèse de l'enlèvement fut exhaustivement examinée, aucune rançon n'ayant été demandée. Mais il y eut deux tentatives d'extorsion en échange d'informations, résolues par les polices hollandaise et espagnole.

Les dépositions des employés de l'OC ne menèrent à rien qui mérite d'être signalé. (19) On ne trouva rien dans les 443 appartements perquisitionnés. Les récits de témoins sur des incidents avec des enfants ne débouchèrent sur rien. Des témoins ayant vu des individus étranges près de l'immeuble G5 élaborèrent des portraits-robots mais aucune connexion avec Madeleine n'a pu être établie. Plus de 150 individus liés à la criminalité et à la pédophilie firent l'objet d'une attention particulière, sans résultat. Dans cette tour de Babel d'informations certains signalements, au même moment, plaçaient Madeleine du Japon aux EU, en passant par l'Indonésie et l'Afrique. 
À un certain moment et parce qu'on sait que, dans ce type d'affaire, le criminel doit connaître les lieux parfaitement bien, les soupçons se portèrent sur un homme, Robert M, qui vivait à quelques mètres de la scène du crime et qui remplissait les conditions pour devenir suspect. Afin de confirmer ou de réfuter les soupçons pesant sur lui, des recherches et interceptions téléphoniques avec ses proches eurent lieu, sa maison fut perquisitionnée, le sous-sol fouillé, ses ordinateurs examinés, ses véhicules automobiles et ceux de ses proches soumis à la sagacité de chiens spécialisés, mais ce fut en vain.

Au commissariat, le suspect a nia toute implication dans les faits. Les enquêtes effectuées sur les proches, personnellement ou professionnellement, ne donnèrent rien.
Un nouvel élément apparut, apporté par une famille irlandaise qui croisa, le 3 mai, vers 21h55, un homme portant un enfant qui descendait une rue menant aux abords de la plage.  Les témoins ne reconnurent pas l'homme, mais Martin S, plus tard, admit que, eu égard à la manière de porter l'enfant l'homme était peut-être Gerald MC. Une première analyse des enquêteurs considéra que cette hypothèse n'était pas plausible en raison de l'heure indiquée. (20) Est annoncé un nouvel entretien avec Martin S, par les autorités irlandaises, afin de vérifier la fiabilité de ses dires. (21)
 
Il y avait des chantiers de construction civile à PDL en mai 2007. (22) Ouvriers, maître d'oeuvre et ingénieur furent dûment interrogés, mais ils n'avaient rien détecté d'anormal et déclarèrent impossible qu'on ait caché un corps, même un corps d'enfant.

Le rapport se termine avec un rappel de l'inspection technique effectuée par les chiens EVRD et CSI, une pratique commune au Royaume-Uni. Les chiens n'ont alerté que dans l'appartement des MC, que face à des vêtements de Kate MC et à un Tshirt d'enfant,  et à la clef electronique de leur voiture de location. Les prélèvements furent analysés par le FSS de Birmingham dont les conclusions partielles, à l'heure où le rapport est rédigé, semblent indiquer que les analyses ne seront pas concluantes.

Les réactions des chiens ont été déterminantes dans la constitution des MC comme arguidos afin de sauvegarder leurs droits au cas où ils s'avéreraient impliqués. Mais ils ont nié toute responsabilité dans la disparition de leur fille.


Elliptical Twist


(1) On constate, neuf mois plus tard, un net recul par rapport à l'heure du crime, maintenant limitée à la fourchette 21h05 (ronde de Gerald MC)/22 h (découverte de la disparition). 
(2) Le rapport ne précise pas la raison de l'accessibilité : une porte non verrouillée et une légèrement ouverte.
(3) Les MC n'étaient jamais partis en vacances avec les MO et les TB que d'ailleurs ils ne connaissaient pratiquement pas.
(4)  JC se trompe sur l'horaire : le goûter des enfants a lieu entre 17 à 17h30 et non de 17h30 à 18h). Le rapport omet qu'après ce high tea (sauf le 3 mai) les enfants restaient sur l'aire de jeux sous la surveillance de leurs parents, jusqu'à 19h.
(5) Cet après-midi-là certaines routines ont été brisées précisément. Les TP7 (le groupe des neuf sans les MC) sont allés tous ensemble à la plage et ont décidé de faire goûter leurs enfants dans le restaurant Paraiso. Les hommes ont quitté la plage vers 18h10 car ils avaient un match de tennis, et les femmes et enfants vers 18h30. Les enfants des TP7 ne sont donc pas allés sur l'aire de jeux.
Il n'est pas exact non plus que les MC se soient occupés ensemble de leurs enfants entre le retour du Tapas (17h30) et 19h, Gerald partit à 18h en raison de la compétition "single men" prévue.
JC parle de la porte-fenêtre ouverte comme d'un fait, malgré l'absence d'élément probant.
(6) Certes, mais pas si plus court que ça et du reste les MC n'ont jamais avancé ce motif-là. 
(7) Russell, qui était à table, n'est pas allé s'occuper de sa fille malade à 21h.
(8) Une fois de plus le rapport avance une explication que Gerald MC n'a jamais invoquée : il aurait voulu faire une ronde visuelle.
(9) Là encore le rapport invente une explication que Gerald MC n'a pas suggérée : une nécessité physiologique.
(10) Ici, c'est la première narration de Gerald qui est prise en compte, dans la seconde, en effet, il déclara avoir traversé la rue pour bavarder avec JW.
(11) Le rapport continue d'inventer : comme Russell n'est pas revenu, Jane, inquiète, va voir ce qui se passe. En réalité Russell est au restaurant, qu'il n'a pas (encore) quitté.
(12) Le rapport invente : Jane TB n'a jamais dit cela, elle a seulement songé que l'enfant était très peu vêtu. 
(13) Jane TB, de son propre aveu, ne vit que deux mollets en partie couverts par le bas d'un pyjama et deux pieds nus. Si l'on pense qu'elle évalua la hauteur des talons des chaussures du porteur d'enfant, on pensera ce que bon semblera à propos de l'identification via le pyjama. Elle ne put décrire que les cheveux de l'homme, condamné à être caricaturé comme "oeuf chevelu".
(14) Les deux hommes partirent ensemble. Russell entendit sa fille pleurer, Matthew alla voir la sienne puis revint chez Russell qui lui demanda de prévenir Jane.
(15) Il lui était difficile d'en dire davantage, effectivement. Eût-il constaté que les persiennes étaient ouvertes, un détail qu'il y avait de grandes chances pour que lui et/ou Russell aient observé en traversant le parking, une sirène aurait dû strider dans sa tête, car à 21h, il avait écouté à la fenêtre des MC et les persiennes étaient fermées.
(16) Cette dernière remarque ne vient pas de Kate MC.
(17)  Les enquêteurs se sont fondés principalement sur les dépositions du groupe qui situent l'heure (du départ de Kate ou de l'alerte) à environ 22h. Dans l'un et l'autre cas Gerald MC était à table. Deux témoins citent Kate disant "Gerry, Madeleine n'est plus là". Mais d'autres dépositions, notamment celle de serveurs du Tapas tendent situer le départ de Kate à 21h50 et l'alerte cinq minutes après. Par ailleurs, un seul élément de la famille S, Aoife, a indiqué précisément que la famille avait quitté le bar juste après 10h, avant de croiser quelques minutes plus tard le porteur d'enfant.
Gerald est la seule personne, hormis Kate, à avoir vu, en entrant à son tour dans l'appartement, les persiennes et la fenêtre ouvertes. Personne n'est donc entré derrière eux, ce qui au reste n'aurait eu aucun sens. 
(18) Il ne semble pas que le journal du matin du 4 mai ait été à proprement parler "ouvert" avec cette nouvelle, dont Sky News dit avoir eu connaissance par GMTV (eux-mêmes alertés par une amie des MC, Jill R).
(19) Si les dépositions du personnel du Tapas avaient été croisées, elles auraient fourni des indices précieux.
(20) Une fois de plus JC se fonde sur les témoignages du groupe, malgré leurs contradictions et discrépances, pour réfuter des témoignages indépendants. Selon Aoife S, les 9 membres (dont 3 enfants) de la famille S quittèrent le bar Kelly à 22h. 
(21) Il n'eut jamais lieu. La demande, semble-t-il, fut faite conjointement avec les autres missions rogatoires et acheminée... au Royaume-Uni...  Cette méfiance vis-à-vis de témoins indépendants, comparée à la confiance témoignée aux indications de temps fournies par les MC, alors témoins assistés donc suspects formels, est étonnante. S'étonner que d'aucuns y aient vu la manifestation d'exercices d'influence ?
(22) en particulier en bas et en dessous de la rua Direita pour faire passer des câbles électrique et des drains destinés aux eaux pluviales. Tout trou ouvert le jour était rebouché le soir-même.

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