Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

De la diffamation ici et ailleurs




Une déclaration est  diffamatoire lorsque le fait, faux, qu'elle établit  est ou par négligence ou intentionnellement communiqué ou publié à l'intention d'un tiers et, ce faisant, nuit ou cause des dommages à l'individu visé.  
Les Anglo-saxons distinguent deux types de diffamation : le libel (écrit) et l'injure (orale).  
Une déclaration est diffamatoire si elle tend à attirer sur un individu visé mépris, haine, ridicule, honte ou déshonneur dans l'esprit de sa communauté. Certaines déclarations sont diffamatoires per se, comme celles qui prétendent que l'individu visé a commis un crime grave, notoire ou immoral, a une maladie terrible ou infectieuse ou est incompétent professionnellement.
L'aspect le plus important d'une déclaration potentiellement diffamatoire est qu'elle prétend établir un fait. Les opinions ne sont pas diffamatoires, on a parfaitement le droit d'exprimer ce que l'on veut sur les autres. "Jean est un imbécile" est une opinion, mais "Jean a pris dans la caisse" est diffamatoire, si c'est faux, et peut nuire à Jean, le faire renvoyer. 
La situation intermédiaire est plus complexe. Dans "Je crois que Jean a pris dans la caisse", le "je crois" transforme-t-il le fait en opinion ? Non, mais l'implication est qu'il est très possible que Jean ait pris une certaine quantité d'argent dans la caisse. Le fait de l'avoir dit implique que vous pensez qu'il peut l'avoir fait et que vous voulez faire savoir à d'autres que Jean a peut-être pris dans la caisse. En un mot, selon ceux à qui vous le dites et selon la manière dont vous le dites, inférer que quelqu'un a fait quelque chose de mal en le formulant comme une opinion peut être diffamatoire.

Pour être diffamatoire, une déclaration doit avoir été faite à un tiers. On ne peut être diffamé par une déclaration que quelqu'un a écrite ou dite seulement à vous. 
Faire une déclaration diffamatoire ne vous rend pas automatiquement responsable de diffamation. Il faut encore avoir agi de manière inappropriée d'une façon ou d'une autre. Le critère de conduite retenu dépend de qui a été diffamé. Si c'est un particulier, il faut que le locuteur ait su que la déclaration était fausse et diffamatoire ou ait agi imprudemment sans se préoccuper de savoir si la déclaration était vraie ou fausse ou ait agi de manière négligente, sans vérifier que cette déclaration était vraie. Agir imprudemment sans se soucier de la vérité ou de la fausseté d'une déclaration signifie que le locuteur avait des doutes sérieux sur la véracité de la déclaration, mais a passé outre et l'a proférée en dépit de tout.  

Si la personne diffamée est une figure publique, le locuteur n'est tenu responsable de diffamation que s'il savait que la déclaration était fausse ou s'il a agi imprudemment sans vérifier que la déclaration était vraie. La différence entre diffamer une figure publique et diffamer un particulier est qu'il suffit à ce dernier de prouver que le diffamateur a agi avec négligence tandis que la figure publique doit prouver que le diffamateur a agi intentionnellement ou imprudemment. Un bon exemple de cette différence est écrire sur quelqu'un dans un blog. Si vous écrivez qu'un individu X a été condamné pour agression il y a 20 ans, X gagnera probablement au tribunal. Mais si vous écrivez que le sénateur Y  a été condamné pour agression il y a 20 ans, même si le sénateur est innocent, il devra prouver que vous avez intentionnellement ou imprudemment menti. Tant que vous avez une sorte de défense comme avoir vu l'information sur un site web, vous avez une chance raisonnable de vous défendre contre l'accusation de diffamation.