Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

A






Alibi
Ce moyen de défense crucial peut avoir une vertu préventive : écarter de soi tout soupçon avant même qu'un soupçon soit formulé. 
Dans l'affaire MC, un document "protecteur", une ligne de temps, fut élaboré très rapidement par les TP, avant même l'arrivée de la police, alors qu'employés de l'OC et passants alertés recherchaient alentour la petite fille. Une telle hâte au milieu de tant de désolation et de confusion est-elle étonnante ou normale, compte tenu qu'il n'est considéré nulle part comme sûr de laisser hors de portée de l'ouïe, des petits enfants tout seuls, tout simplement parce qu'ils n'ont pour toute défense que des hurlements stridents ?
Les TP élaborèrent la ligne de temps des rondes de nuit en deux exemplaires dont un semble avoir été destiné à GMC puisque son nom y figure. Russell TB, selon son témoignage, est le scribe. Aucun élément n'indique qu'il se soit agi de se concentrer sur la journée en quête d'un élément suspect (près de la piscine, de la crèche, de l'appartement ?) ou sur l'état émotionnel des enfants (perturbés, inquiets ?). Les lignes de temps sont totalement impersonnelles. À titre d'exemple, à 21:55, figure simplement "K a réalisé que M".
La police saisit ces lignes de temps. Une semaine plus tard, avant leur second interrogatoire, les TP remirent à la police une troisième ligne de temps, imprimée, signée par tous, mais contradictoire sur certains points avec leurs dépositions respectives.

Anonyme 
Les allusions sont les lettres anonymes de la conversation. - Mme de Rémusat
Les lettres et appels anonymes sont souvent mus par la médisance, un trop-plein de venin, le plaisir pervers de nuire a fortiori si le motif invoqué pour faire un secret de son nom est le plus facile qui soit : la crainte des médias. Il s'agit souvent d'un individu éconduit et amer qui règle un compte sans s'exposer, plutôt qu'un témoin soucieux de protéger sa réputation. La vengeance le parcourt, elle s'assouvit au fil d'une plume dont l'encre trace le mensonge, l'invention ou, pire, le doute. Toute affaire médiatisée s'attire des malversations dont la haine est le ferment, souvent à l'origine de rumeurs quand la presse les propage (souvent, faute d'information à se mettre sous la dent et sans réaliser qu'ils consacrent des ragots qui font jubiler l'anonyme et les discrédite). Même si celles-ci finissent par périr faute d'aliments, les dégâts ne sont pas négligeables.
L'enquête sur la disparition de Madeleine MC a eu son cortège d'accusateurs anonymes mais "sincères" dont "il était le devoir de...".


Argent
Est-il contraire à l'éthique que Gonçalo Amaral, coordinateur de l'enquête sur la disparition de Madeleine MC, ait écrit un livre sur la manière dont celle-ci s'était déroulée pendant les premiers cinq mois ?
Est-ce contraire à l'éthique qu'il ait publié ce livre, alors que l'affaire venant d'être classée, le dossier tombait ipso facto dans le domaine public ?
Est-il contraire à l'éthique que la première édition se soit épuisée en XXXX jours ?
Certes les conditions pour en faire un best-seller étaient réunies et le distributeur ne s'y est pas trompé en plaçant le livre aux premières loges. L'archivage faute de combattants était resté en travers de la gorge de l'opinion publique avec quelque raison. Sollicitée sans relâche pendant plus d'un an par les médias, il n'est pas étonnant que, ce faisant, elle ait pris position. Hormis les pragmatiques, les flegmatiques qui réalisaient que leur souhait profond (retrouver Madeleine afin qu'on n'en parle plus) avait peu de chances de se réaliser, les cyniques satisfaits de se gausser des incompétences et insuffisances de la PJ et ceux qui n'avaient tout simplement pas le loisir de s'intéresser à un fait-divers quelle qu'en ait été l'amplitude à l'échelle nationale, l'opinion publique, en général, était frustrée et insatisfaite.
Le livre de GA fut donc comme un bonus, un supplément qui vient alors qu'on croit que tout est fini. Quant aux droits d'auteur, qui imaginerait qu'il pût y renoncer comme il avait renoncé à son poste ? Est-il raisonnable de le soupçonner d'avoir délibérément lâché la proie pour une ombre qu'éclipsait provisoirement une poule aux œufs d'or ?
Au lieu de dépenser de l'argent à poursuivre GA en réparation, en espérant donc une indemnisation financière - et quelle indemnisation ! 1.250.000 euros ! - , ne serait-il pas plus efficace de demander la poursuite de l'enquête (aux dépens du contribuable) par des policiers britanniques ou/et portugais ? Mais ce qui fut demandé ne fut qu'une re-lecture du dossier. Et quand Operation Grange, qui en fut chargée, entra dans une phase d'investigation, il apparut clairement que seul l'enlèvement était dans le cahier des charges. Adieu veau, vache, cochon, couvée ! Était-il écrit que la fameuse reconstitution n'aurait jamais lieu ?
L'argent n'a pas dû au départ être voulu pour lui-même, mais on s'habitue vite à la manne, surtout quand elle tombe du ciel sans qu'on lève le petit doigt. Plus cela tombe et plus votre thèse gagne en crédibilité. Bien sûr il est inutile d'essayer de convaincre ceux qui ne croient pas, ceux qui veulent savoir. Mais ils ne sont pas très nombreux. La plupart des gens savent deux choses ou trois. Ils peuvent même savoir que Madeleine's Fund a servi à payer deux mois de mortgage, mais comme aucune autre faute n'a été dénoncée, la seule, révélée, fonctionne comme la caution d'une intégrité de base (ils ne gagnaient pas d'argent quand ils étaient à PDL). D'un point de vue distancé, cette énorme quantité d'argent semble témoigner de leur totale innocence.
L'argent, c'est important pour payer les avocats, les spin doctors et les faiseurs d'image.


Arguido (témoin assisté)
Ce mot a fait couler beaucoup d'encre depuis que le statut qu'il désigne a été appliqué au couple MC. Il s'agit à la fois d'un bouclier protecteur pour qui est mis sur la sellette et d'une liberté pour l'interrogateur, certaines questions ne pouvant, éthiquement, être posées à un simple témoin (voir "principe de non auto-incrimination"). Pourtant simple à comprendre, la notion d'arguido donna lieu à toutes sortes de malentendus dont les conséquences eurent sur l'enquête elle-même un misérable impact.
Au lieu d'être prise pour ce qu'elle était, un garde-fou, cette mise en examen eut l'effet pervers de faire considérer les MC comme coupables potentiels, bafouant la présomption d'innocence. La mise en examen conférait des privilèges que n'ont pas les simples témoins, comme le droit de ne pas répondre quand on est interrogé, droit que Kate MC mit immédiatement en pratique à propos de 48 questions devenues légendaires, sur les conseils, semble-t-il, de son avocat (portugais) qui pourrait avoir mal pondéré entre le silence de précaution et le silence de suspicion. La décision se devait d'être radicale pour noyer le poisson, mais elle sema les plus grands doutes dans une opinion publique qui commençait sérieusement à craindre que son endurance compassionnelle n'ait été abusée. Les quolibets, les sifflements, les insultes qui saluèrent lamentablement la sortie des nouveaux arguidos des installations de la PJ de Portimão achevèrent de les convaincre que l'heure était venue de retourner au plus vite dans leur home, sweet home. Aussitôt pensé, aussitôt réalisé, et si l'exit ne se fit pas en grandes pompes, du moins les parents "orphelins" les plus célèbres de la planète eurent-ils droit à un traitement VIP à l'aéroport de Faro. Ce déplacement dans l'espace, toutefois, n'étouffa pas le malentendu.
Curieusement, l'ignorance du sens de ce mot fit qu'au lieu de prendre le temps de s'enquérir, les tabloïds britanniques, ne sachant comment le traduire, l'introduisirent tout cru dans leur vocabulaire où il brilla exotiquement quelques mois après l'archivage du dossier.
Une sorte de paranoïa collective ne s'empara pas moins des esprits étrangers, aussi choqués que prompts à dégainer. Pour un peu on se serait cru un bon siècle en arrière, quand on tirait l'épée au moindre affront. a envahi la presse étrangère que, s'agissant d'étrangers et a fortiori pris dans l'oeil d'un cyclone médiatique, le ministère public n'ait pas fait, auprès de la communication sociale, œuvre pédagogique.

Desarguido
Nul ne s'est (encore) avisé de former ce néologisme qui désignerait le processus de sortie du statut d'arguido, et pourtant..
Presque deux ans après la levée du statut perçu à tort comme infamant, la presse continue à proclamer que les MCs ont été blanchis comme si quelque accusation avait jamais pesé sur eux. Parfois même cette assertion téméraire se hausse à affirmer que le tribunal les a innocentés, alors qu'aucun jugement n'a eu lieu. C'est faire fi, à compte de cultures différentes, à compte de xéno, sinon phobie du moins méfiance, de la présomption d'innocence qui prévaut dans toute démocratie, même dans celles qui un peu moins d'un demi-siècle, comme le Portugal. Les MC ont simplement et naturellement cessé d'être témoins assistés parce que le dossier concernant la disparition de Madeleine a été archivé.
Une chose est d'être innocenté positivement, une autre de cesser d'être inquiété, faute de preuve.


Argumentum
ad hominem
On qualifie ainsi, dans un débat, l'attaque visant une personne, sans pertinence par rapport au sujet et seulement destinée à miner la position de l'interlocuteur. Les traits personnels de ce dernier n'ont en effet pas à infléchir le débat, seule compte la cohérence du raisonnement. Mais il est parfois difficile de rejeter un argument comme étant "ad hominem". Attaquer un médecin pour négligence vis-à-vis de ses enfants est sans pertinence pour juger de la finesse de ses diagnostics, mais pourrait en avoir une s’il s’agissait d’évaluer sa candidature à un poste de médecin scolaire.

ad ignorantiam et de conviction personnelle
Cette erreur logique établit qu’un postulat est vrai parce qu’on n’a pas prouvé qu’il était faux, ou faux parce qu’on n’a pas prouvé qu’il était vrai.
Or la science progresse, selon Popper, par vérités provisoires : une chose est vraie tant que l'on n'a pas démontré qu'elle est fausse.
L’argument de conviction personnelle consiste, parce qu’on considère un postulat improbable ou invraisemblable ou non plausible, à assumer qu’il est faux ou à lui préférer un autre postulat, tout aussi indémontré du reste. On est donc en face d’une affirmation subjective qui s’autorise du manque de preuve de la thèse d'autrui pour prétendre à l’objectivité de la sienne.
Rien ne prouve la thèse de mort élaborée par GA, mais ce manque de preuve, autrement dit l'absence de cadavre, ne permet pas d'en inférer une thèse de vie. Quant aux alertes du chien EVRD et au témoignage des S sur la fillette aux bras et jambe ballantes, ce sont des présomptions à l'appui de la thèse de GA.
Ces deux types d’argument (ad ignorantium et de conviction personnelle) ont en commun le mécanisme suivant : le défaut de preuve quant à une opinion est la preuve qu’une autre opinion est vraie. Les MC y ont recours quand ils disent que rien ne prouve que Madeleine a été blessée ou a souffert, donc elle est vivante et elle va bien.
À ne pas confondre avec la méthode de ״reductio ad absurdum״ dans laquelle une contradiction logique valide de forme ״A et non A״ est utilisée pour réfuter un postulat.

ad consequentiam
Cet argument consiste à affirmer qu’une croyance est fausse parce qu’elle implique quelque chose qu’on ne peut pas croire.
Les MC croient que Madeleine a été enlevée mais n'a pas souffert, cela implique qu'elle ait été enlevée pour ses beaux yeux, pour devenir une idole intouchable.
Il y a des gens qui croient à l'enlèvement, parce que la mort de Madeleine impliquerait que ses parents ont fait disparaître le corps et ils refusent de croire cela possible.


Asch : experience de conformité
Publiée en 1951, cette expérience du psychologue Solomon Asch montre le pouvoir du conformisme sur les décisions d'un individu au sein d'un groupe.
Solomon Asch invite un groupe d'étudiants de 17 à 25 ans à participer à un test de vision. Tous les participants sauf un (le sujet) sont complices de l'expérimentateur. L'objectif est d'observer comment le sujet réagit au comportement des autres. Il s'agit de comparer la longueur de plusieurs lignes verticales. Les complices répondent toujours avant le sujet , parfois ils répondent unanimement correctement, parfois erronément. L'hypothèse de Asch est que la plupart des gens ne se conforment pas à une chose manifestement fausse. Toutefois, lorsqu'ils sont entourés d'individus qui unanimement donnent une réponse fausse, 32% des sujets s'alignent sur cette réponse.
Ils ne croient pas leurs propres yeux.
Il y a une différence entre les expériences de Asch sur la conformité et celle de Stanley Milgram. Dans celles de Asch, les sujets attribuent leur performance à leur propre mauvais jugement et mauvaise vue, tandis que ceux de l'expérience de Milgram blâmaient l'expérimentateur en expliquant leur comportement. La conformité peut être beaucoup moins importante que la pression de l'autorité.
La plupart des sujets répondent correctement, beaucoup sont assez perturbés et un grand nombre (33%) finissent par se conformer aux mauvaises réponses soutenues à l'unanimité par les complices. Les sujets sont même amenés à soutenir des réponses allant contre l'évidence et leur propre vue pour par exemple affirmer que deux lignes avaient la même longueur, alors que l'écart était très visible car de plus de 5cm.
Lorsqu'il n'y avait pas unanimité parmi les complices, les sujets s'émancipent du groupe pour soutenir la réponse vraie, mais dissidente et contrariante pour le groupe;
Des sujets témoins qui n'étaient pas soumis à un point de vue majoritaire, n'eurent aucun mal à donner toujours la bonne réponse.
Après l'annonce des résultats, le sujet attribuait généralement sa piètre performance à sa propre mauvaise vue. Ceci rejoint dans une certaine mesure l'expérience de Milgram où le sujet accuse l'expérimentateur d'être responsable de son comportement. Dans les deux cas, le sujet se dédouane de la responsabilité de ses décisions sur un élément extérieur à sa volonté.


Assurance
Les Mc ont, lors d’interviews, assuré maintes fois que l’endroit était sûr et que l’idée de ravisseur n'avait même pas effleuré leur esprit. N’importe quoi peut arriver à n’importe qui en principe, mais des ennuis particuliers ne nous arrivent que si nous nous exposons à des risques particuliers. C’est pourquoi les assurances sont un business si lucratif. Les MC n’ont pas une seconde perçu MMC comme la proie possible d’un enlèvement, ils l’ont laissée seule avec leurs autres enfants en se disant qu’ils étaient en sécurité. Pourquoi ? Parce que les deux voies d’accès à l’appartement étaient verrouillés ?


Auto-surveillance (des enfants)
Il est permis de douter que des petits enfants (largement en-dessous de l'âge de raison), a fortiori s'ils sont plusieurs et si donc sont multipliées les chances que l'un se réveille et réveille les autres, puissent être de bons gardiens d'eux-mêmes. Selon certains des TP, c'est un principe établi et bien connu au RU où par ailleurs les enfants sont mis tôt au lit pour laisser les parents mener leur vie. Rien de plus légitime au reste. À supposer que les enfants s'endorment et ne se réveillent pas, qu'aucun vomissement, étouffement, incendie, prise du cou dans le cordon d'un rideau etc. n'aura lieu.

Avocat
Il y a avocat et avocat.
Pourquoi engager les meilleurs avocats pour contrecarrer des accusations qui n'auront pas lieu d'être puisqu'on est innocent ?
Revenus à Rothley, les MC se trouvèrent dans la situation paradoxale de devoir se défendre contre toutes sortes de méchantes histoires relayées par les médias tout en préservant ce qui leur tenait avant tout à coeur, la recherche de Madeleine. Ceux qui, toutefois, pensaient que les MC, une fois loin du moulin à ragots hystérique qu'était la presse portugaise, écarteraient aisément les clameurs grotesques contre leurs personnes en mettant à plat simplement et calmement les faits qui prouvaient leur innocence, entrèrent en état de choc. Ce n'était pas du tout leur stratégie.
L’opinion publique est dure : pourquoi se défendre si on est innocent ?
Aussi manipulés par le revirement de l'opinion publique à laquelle la presse servait de caisse de résonance qu'ils s'étaient baignés sans retenue dans le réconfort d'une compassion généralisée, les MC cédèrent à une sorte de frayeur primitive et s'empressèrent d'engager deux des plus habiles et réputés avocats londoniens spécialisés en affaires criminelles. Les plus chers aussi, mais de faramineuses ressources financières s'étaient accumulées en quelques semaines dans ce gigantesque bas de laine appelé Madeleine's Fund. La spécialité de l'un, Michael Caplan QC, était la lutte contre l'extradition, aussi solides que soient les arguments la recommandant (il comptait ainsi à son actif la non-extradition du général Pinochet contre qui le juge espagnol Garzón avait lancé un mandat d'arrêt international afin de l'entendre sur la mort et la torture de citoyens espagnols à la suite du coup d'État de 1973 au Chili). L'autre, Angus McBride, de la firme internationale Kingsley Napley aussi, était spécialisé en réparation de réputations à haut profil et en commerce avec les médias.
Ce choix parut surprenant : comment de malheureux parents auxquels on a ravi un enfant et qui ne peuvent se fier qu'à la police pour le retrouver en viennent-ils à engager des avocats appropriés pour ourdir de complexes stratégies de défense contre cette même police ?
À travers un conseil juridique obtenu avec une rapidité remarquable, une ligne de défense, contre l’accusation de négligence, fut mise en place immédiatement. Il n’y a rien d’étonnant à cela ni de répréhensible, même si on se prend à songer que nous ne sommes pas égaux en face du même malheur en fait de savoir faire, d’entregens, d’appuis institutionnels, précieux recours.