Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

11 - Pat Brown revisited (1)




1. Règles de base du profiling des crimes et des individus


PB remarque que chacun a son projet de vie, fondé prioritairement sur des besoins personnels plutôt que sur des motifs altruistes. Les gens veulent se protéger et protéger les leurs, leur vie, leur réputation et leur image sociale. Cela est vrai de tout un chacun et certains comportements ne s'expliquent qu'à travers le besoin de se préserver ou par l'ignorance. Il faut les distinguer des troubles de la personnalité qui font adopter des comportements manipulateurs et narcissiques plus ou moins marqués.
Les gens se comportent d'une façon qui a un sens pour eux, même si elle n'en a pas pour nous. Une théorie n'est pas une preuve de ce qui s'est passé réellement. Toute fondée et documentée et rigoureusement développée que puisse être une théorie, elle ne devient la vérité que si un jury en juge ainsi. Un arguido, un suspect formel et même un accusé n'est qu'une personne d'intérêt, quelqu'un présentant un intérêt, seule la justice peut en faire un coupable.
La loi du rasoir d'Occam prévaut parce que les gens ont tendance au moindre effort, à faire ce qui est le plus facile et le plus expéditif. Si un acte répréhensible peut être commis ou couvert simplement, on n'ira pas chercher midi à quatorze heures.
On fait ce qu'il faut, on ment quand il le faut et on change un récit comme il faut si un élément nouveau bat en brèche ce récit ou si on sent que le récit conté n'a pas convaincu. Et ceci vaut pour tous les criminels comme pour toutes leurs victimes et pour tous les témoins.
Si certaines choses ne peuvent manquer de s'être produites, il en est d'autres qui ne peuvent s'être produites. Entre les deux il y en a qui, avec plus ou moins de probabilité, se sont produites ou non. Si une chose s'est produite, on ne peut l'ignorer mais si elle ne s'est pas produite, on ne peut l'ignorer davantage. Si l'on dispose d'indices en conflit, alors on ne saura pas ce qui s'est passé avant d'avoir éliminé un indice comme faux ou démontré la validité de l'autre. Parfois il faut accepter que nous ne pouvons et ne pourrons jamais savoir qu'en partie ce qui s'est passé. Mais si nous ignorons une partie de ce qui s'est passé, cela n'empêche pas d'appréhender le reste, n'invalide pas la perception que nous avons du reste.

Plus un élément est proche du moment du crime, meilleur. Les premières déclarations des persons of interest ou des témoins, les appels téléphoniques à la police, aux services d'urgence, à la famille, aux amis, tout ce qui est frais car le moment du crime est celui où on a le moins planifié, où les émotions sont brutes et où les gens font des erreurs. Plus tard, après avoir eu le temps de réfléchir, les récits peuvent « s'améliorer » ou les gens peuvent se concerter et faire en sorte que leurs récits s'harmonisent et éviter les contradictions d'un récit à l'autre. Parfois, cependant, lors d'une seconde ou troisième audition, lorsque des questions plus précises sont posées, le déposant peut stumble en essayant de répondre.



2. La disparition




















3.D'où Madeleine a-t-elle disparu ?

Quand et où le crime a-t-il eu lieu ? La réponse semble être le soir du 3 mai, dans l'appartement de location où Madeleine résidait avec sa famille. "Semble", parce qu'en fait aucun membre du groupe n'affirme l'avoir vue ce jour-là. En particulier elle était censée faire de la voile, mais personne ne l'y a vue. Le seul à voir les trois enfants MC en pyjama est DP, mais son témoignage est très improbable.
Il y a des arguments en faveur et contre la disparition le soir du 3 mai. Un argument en faveur est que, s'il avait fallu mettre en scène un enlèvement le 3 pour cacher un accident qui aurait eu lieu le 2, il eut été plus facile et plus simple de raconter que Madeleine avait disparu dans la rue lors d'une promenade alors que l'attention était fixée sur les jumeaux, scénario classique, d'autant plus fréquemment invoqué qu'il est aussi difficile à prouver qu'à démolir. 
Mais est-il vraisemblable qu'une mère choisisse de nettoyer une tache de thé sur un pyjama plutôt qu'aller à la plage voir sa fille faire de la voile pour la première fois ? Aucun récit de MMC sur cette expérience n'est rapporté.

4. Quand Madeleine a-t-elle été vue pour la dernière fois ?
Selon GMC 4 mai 2007, 11:15 après enfants mis au lit à 19:30, parents se détendent en buvant vin NZ jusqu'à 20:30, heure à laquelle ils partent après avoir vérifié que les enfants dorment. On ne sait pas comment et GMC ne dit pas par quelle porte ils sont sortis.
Selon KMC 4 mai 2007, 14:20 (elle a obtenu que GMC assiste, il est derrière elle : grossière erreur, selon PB : tout le monde doit être le plus possible isolé afin de diminuer les chances d'arrangements de récits), même chose, mais elle ajoute qu'elle a pris un bain et s'est maquillée.
GMC 10 May 2007 change légèrement son récit entre le coucher des enfants, 19h30, et le départ au restaurant : il ne sait pas si les enfants dormaient, mais le présume en raison du silence.  Comme il était tôt, il a pris un bain et pense que Kate l'avait déjà fait.
Ils ont parlé un peu, bu du vin ou de la bière. Il précise aussi qu'avant de partir, et parce que la porte des enfants était entrebâillée, il l'a ouverte un peu pour écouter, sans entrer. Comme le silence était total, il a remis la porte dans sa position entrebâillée (10 cm). Il est sûr que la chambre était complètement obscure, mais il va voir Madeleine dans son lit trois quarts d'heure plus tard..., le volet était fermé, avec quelques jalousies ouvertes.
KMC,  le 6 septembre 2007, 15:00 , déclare qu'elle a pris une douche vers 18h30 alors que les enfants boivent du lait en regardant des livres (ils ont 2 et 3 ans..). Après le coucher des enfants vers 19h15 (Madeleine sous les draps parce qu'il faisait un peu froid), ils ont bu du vin ou elle a bu du vin et GMC a bu du vin ou une bière. Elle est sûre d'avoir vérifié que les enfants dormaient (à 19h15). GMC a peut-être pris une douche. Elle ne sait pas si les enfants étaient dans la même position quand ils sont partis. GMC lui a dit que les enfants dormaient et tout était calme. KMC 2) fait un récit plein de détails absents du récit de KMC 1) : alors qu'elle se sèche, DP frappe à la porte pour l'aider avec les enfants, sans entrer. Elle s'habille ensuite et s’assied sur le sofa du salon avec les enfants, Madeleine sur ses genoux, et leur lit une histoire. Vers 19h, GMC revient et les enfants vont se laver les dents. Puis elle s'assied avec les trois enfants sur le lit de Madeleine (GMC déclare qu'il est là aussi) et elle raconte une autre histoire. Madeleine est couchée sur son oreiller mais vive et attentive. Il y a un récit où Madeleine est très fatiguée. Puis GMC entre et l'aide à mettre les jumeaux dans leurs lits.
Ces discrépances sont-elles importantes ou non ? S'attend-on à ce que les protagonistes d'un drame se souviennent de tous les détails antérieurs ? Parfois, parce que c'est la dernière fois que l'on a vu les enfants ensemble, on sait exactement ce qu'ils faisaient et où ils étaient. Mais il est possible qu'une émotion forte brouille la mémoire.


On ne peut donc conclure grand chose. Faute de témoignage neutre, on ne sait pas ce que KMC a fait entre 17:30 (heure à laquelle GMC et elle étaient près de la piscine, fin du goûter des enfants) et 20h35, heure à laquelle GMC et elle sont entrés dans le bar Tapas et se sont mis à bavarder avec les Carpenters. On ne sait pas non plus ce que GMC a fait entre 19h (heure à laquelle il a quitté le court) et 20h35. Comme on ne peut exclure que quelque accident soit arrivé à Madeleine MC, il aurait pu se produire après son retour à l'appartement vers 17h30, retour contraire à la routine : les autres jours les enfants, après le goûter, jouaient sous la surveillance de leurs parents sur un terrain de jeux à côté des courts. Le 3 mai, les autres enfants revinrent de la plage à 18h30, heure à laquelle, selon la routine, ils quittaient le terrain de jeux et allaient faire leurs ablutions.
Si les MC ont dit vrai sur la dernière fois qu'ils ont vu Madeleine, donc dans la perspective où un accident lui serait arrivé ou un enlèvement aurait eu lieu, sans que ses parents en aient été conscients, il pourrait s'être produit après 19h30 (ou 19h15, selon KMC 2)), heure à laquelle les enfants ont été couchés, porte entrebâillée. Par exemple les MC pourraient être sortis faire un tour, surtout que KMC 2) est sûre qu'à 19h15 les enfants dormaient, ou s'être assis sur le balcon pour ne pas risquer de réveiller les enfants. Ils pourraient avoir cru que tout allait bien avant de partir au restaurant puisque tout était tranquille, alors qu'un drame avait eu lieu à l'intérieur. Ni Gerald ni Kate n'affirment avoir vu les enfants dormir après 19h15. Tout au plus Gerald entrouvre la porte pour écouter et déclare à Kate que tout est tranquille.

GMC dit (4 mai 2007 matin) être entré par la porte principale (fermée à clef) avec sa clef à 21h05, être allé dans la chambre des enfants et avoir vérifié que les enfants étaient en parfaite condition sans préciser s'il les a vus. Dans la même déposition, un peu plus tard, il dit que la porte-fenêtre n'était jamais fermée. Pour finir il dit que sa femme est elle aussi entrée par la porte principale avec sa clef .
L'audition de KMC, le 4 mai, a lieu après le déjeuner (14h20), GMC s'est sûrement rendu compte entre temps de sa bévue quant à la porte principale : pourquoi aurait-il pris le plus long chemin si la porte coulissante était « toujours ouverte » ? KMC corrige en partie en précisant qu'elle est entrée par la porte du patio.
Le 10 mai 2007, le récit de GMC change substantiellement : cette fois non seulement il entre par la porte-fenêtre coulissante mais il remarque que la porte de la chambre des enfants est plus ouverte qu'elle ne devrait (en fait il l'a dit informellement la nuit du 3 mai, mais n'en a pas parlé le 4 mai). Il conjecture alors que M s’est levée et est allée dormir dans la chambre de ses parents, probablement pour échapper aux grognements des jumeaux endormis. 

GMC ne s'étonne donc pas que sa fille se soit réveillée si tôt dans la nuit. On sait déjà que Madeleine n'est pas une dormeuse. GMC entre alors dans la chambre et voit les trois enfants profondément endormis. Tout est normal, tout est fermé, il remarque qu'il fait sombre, la seule lumière venant d'un coin du salon. Il remet la porte dans sa position habituelle. On se demande comment, si l'obscurité est totale comme il le déclare à plusieurs reprises, il a pu voir les enfants. Le récit de GMC s'étoffe encore lors de sa déposition comme arguido, le 7 septembre 2007. Cette fois sa montre indique 21h04 lorsqu'il se lève pour aller voir les enfants. Il s'étonne que la porte soit plus ouverte qu'elle ne devrait, mais précise que Madeleine est dans la position où il l'a laissée, sur le côté gauche, complètement découverte, par-dessus les couvertures (GMC) sous les couvertures parce qu'il faisait froid (KMC) avec CC et la couverture rose près de sa tête.
 Malgré une obscurité telle que KMC aura du mal à distinguer, à 22h, si Madeleine est dans son lit ou si elle ne voit qu'une couverture, GMC s'émerveille de la beauté de Madeleine (il le dira dans le reportage... et KMC le rapporte dans son livre). GMC remet la porte dans la position entrebâillée.
Le fait que MO trouve cette porte à nouveau trop ouverte à 21h30 indique que quelque chose s'est passé entre le passage de GMC et le sien. Si les déclarations de GMC et de MO sont vraies, quelqu'un se trouvait dans l'appartement (qui avait ouvert la porte) quand GMC est entré, s'est caché et, après le départ de GMC, a rouvert la porte et a enlevé Madeleine. L'heure de l'enlèvement aurait donc été entre 9h10 et 9h30, heure à laquelle MO est entré, ce qui correspond au signalement de JT. Si l'histoire de la porte trop ouverte n'était pas vraie ou due à un courant d'air, mais si GMC avait vu Madeleine à 21h05, alors la disparition aurait pu se produire entre cette heure et 22h. Si GMC n'a pas vu Madeleine dans son lit, celle-ci peut avoir quitté la chambre bien plus tôt et avoir eu un accident dans l'enceinte de l'appartement, y compris la partie extérieure ou être sortie après le départ de ses parents (éventuellement avoir tenté de les suivre pour voir où ils allaient). Dans ce cas GMC aurait trouvé la porte ouverte, mais, ou il l'a remise en position entrebâillée et ni MO ni KMC ne pouvaient la trouver trop ouverte, ou il n'y a pas touché, et MO et KMC l'ont trouvée ouverte.
Puisque la porte trop ouverte indique que le ravisseur était à l'intérieur quand GMC est entré, mais puisque celui-ci a vu les persiennes/fenêtre/rideaux fermés, le ravisseur n'est pas entré par la fenêtre, mais par la porte (avec une clef) ou par la porte-fenêtre coulissante qui n'était pas fermée à clef. Les persiennes/fenêtre ouvertes indiqueraient plutôt que le ravisseur est entré après le passage de MO, qui n'a les a pas vues ouvertes.
Il n'est pas logique, si les persiennes et la fenêtre sont béantes, de regarder sous les lits, dans les placards... Il se souvient que la dame du dessus lui a parlé de sa terrasse, mais il ne sait 
plus si c'est lui qui a répondu. PF déclare avoir demandé ce qui se passait à quoi GMC a répondu qu'un enfant avait été enlevé. KMC raconte une autre histoire dans "Madeleine".

5. Les rondes de nuit, les portes et les fenêtres




Si GMC a vu Madeleine dormir paisiblement vers 21h05 et si elle n'était plus dans son lit quand sa mère est entrée dans la chambre des enfants vers 22h, ou bien un prédateur ou un proche l'avait emportée, morte ou vive, ou bien elle était sortie toute seule de son lit et de l'appartement. Par où serait-elle sortie, inerte, contrainte par quelqu'un ou de son plein gré ? Par la porte principale donnant sur le parking, par la porte-fenêtre coulissante donnant sur le patio ou par la fenêtre censée avoir été trouvée ouverte ? Selon les experts, la fenêtre est exclue, franchir l'appui détruisant inévitablement les minuscules lichens que l'on a trouvés intacts. Personne n'est passé par là. Madeleine au reste n'aurait pas eu la force d'ouvrir ni le volet roulant (si tant est qu'elle ait su comment s'y prendre) ni une fenêtre qui, aux dires de ses parents, n'avait jamais été ouverte. 
Dans le premier cas, un intrus s'introduit, saisit Madeleine sans bruit, donc la chloroforme ou l'assomme, et l'emmène à l'extérieur en passant par une des portes. 
Dans le deuxième cas, Madeleine sort par la porte principale, très simple à ouvrir puisqu'elle n'est pas fermée à clef (c'est pourquoi les OB, dont la fille était un peu plus jeune que Madeleine, prenaient soin de fermer cette porte à clef) ou par la porte-fenêtre qu'elle n'aurait eu guère de difficulté à faire glisser comme elle l'avait vu faire quotidiennement, d'autant que celle-ci n'était pas complètement fermée. Toutefois, si Madeleine est allée non pas s'aérer ni se balader, mais à la recherche de ses parents, ne l'aurait-on pas retrouvée, perdue, blessée ou sans vie ? Il n'est pas strictement impossible, bien sûr, qu'une fois dans la rue elle ait croisé par hasard un ravisseur passant par là qui l'ait enlevée, mais la probabilité est extrêmement mince dans un village où il ne se passe jamais rien. 
Dans le troisième cas, un proche la fait sortir par la porte, ce qui, au cas où elle est vivante, expliquerait la totale absence de cris et de traces de lutte, et la cache quelque part dans PDL. Pourquoi ?
On ne sait pas par où est sortie KMC pour lancer l'alarme après la découverte de la disparition. GMC pense que, le mercredi soir, DP est allé voir si ses enfants (de GMC) dormaient, mais DP n'a jamais déclaré être allé voir les petits MC. Au reste les WP avaient un moniteur auquel ils se fiaient et ne sont jamais allés voir si leurs filles dormaient bien. 
Comparer les deux portes non fermées à clef des MC vs les deux portes fermées à clef des OB qui ont chacun une enfant dormant dans un lit normal dont elle peut sortir. C'est le souci des OB, qui songent beaucoup moins à un prédateur entrant ou à un cambrioleur. 
KMC confirme en septembre que la porte d'entrée n'était pas fermée à clef : comment pourrait-elle l'être ? Le ravisseur pour le coup était obligé de sortir par la fenêtre ! Elle pense, et elle a raison, que cette porte, non fermée, ne peut s'ouvrir que de l'intérieur. C'est dire que l'idée que Madeleine puisse sortir ne l'a pas effleurée une seconde

KMC déclare qu'ils ne sont jamais allés voir les enfants des autres, parce que 'l'usage était que chacun s'occupe de ses propres enfants", ce qui est contradictoire avec l'histoire de la porte-fenêtre non bloquée pour que les TP7 puissent aller voir les enfants des MC. S'ils laissent une porte ouverte pour qu'un TP puisse voir les enfants, n'importe qui peut aussi bien entrer. On songe évidemment que s'ils disaient comme GMC dans son premier témoignage que les portes étaient fermées à clef, alors Madeleine ne pourrait avoir été enlevée que par la fenêtre, ce qui est impossible puisque, le ravisseur devant avoir été présent quand GMC est venu à 21:05, GMC aurait vu la fenêtre ouverte. 
GMC déclare-t-il quelque part que le lundi et le mardi toutes les portes étaient fermées ?
Il reste que la première théorie, non dite à la PJ mais abondamment répandue via téléphone cellulaire à la famille, aux amis, aux journaux (via RO), était qu'un intrus s'était introduit par la fenêtre dont les persiennes avaient été forcées. À la police les MC n'avancèrent jamais d'autre hypothèse que l'enlèvement, mais sans commentaire ; ils savaient (autorité parentale) que Madeleine ne serait jamais sortie toute seule.

Ici et là, dans les journaux et les documentaires ou documenteurs on apprend que le ravisseur est entré par la porte ouverte et sorti par la fenêtre, au lieu d'emprunter l'une des deux portes, opposées mais ouvertes toutes les deux, puis que finalement cette fenêtre a peut-être été ouverte, ainsi que les persiennes, uniquement pour faire croire qu'il était sorti par là.
Il est parfois difficile de déterminer si un comportement qui nous choque est en fait jugé acceptable par ceux qui l'ont.
Quoi qu'il en soit les déclarations de GMC passèrent de portes fermées à clef à portes ouvertes, sans qu'une seule seconde soit prise en considération la sécurité des enfants.
Une chose est sûre est que si un ravisseur a emporté Madeleine, il savait, avant d'entrer dans l'appartement, qu'il y avait une enfant à l'intérieur, il savait aussi comment s'en emparer sans s'attirer un débordement de cris. Enlever un enfant ne s'improvise pas, excepté quand il s'agit d'un nourrisson, enlever un enfant exige une préparation, l'observation des mouvements, des allées et venues. Il n'est pas par hasard entré ou sorti par la fenêtre. Il n'y a pas de cambrioleur, par exemple, qui entre dans un appartement à la faveur d'une porte ouverte et, n'y trouvant pas ce qu'il cherche, argent, carte de crédit, téléphone cellulaire, etc., se rabat sur une petite fille qui dort paisiblement. Si un cambrioleur avait réveillé par mégarde la petite fille, s'il l'avait tuée dans l'affolante nécessité de la faire taire, pourquoi aurait-il emporté une petite fille morte ? De crainte qu'on ne retrouve sur elle des traces de son ADN ?
Si néanmoins un ravisseur veut s'emparer de Madeleine, il doit impérativement surveiller les adultes qui font leurs rondes. Celles-ci n'étant pas régulières, comment peut-il prévoir la longueur d'un intervalle entre deux rondes ? Il doit en outre surveiller deux issues sans qu'il existe un point d'observation permettant de les surveiller toutes deux à la fois. S'il se cache derrière les arbres du parking, il voit les OB et les O aller et venir, pas les MC. S'il se cache dans le patio, il ne voit que les MC monter les marches, il ne peut se risquer sur ces marches en étant sûr que personne ne passe dans la rue au même moment. Rien ne lui garantit, s'il pénètre par effraction dans la chambre par la fenêtre que personne n'est en train d'entrer dans l'appartement. En revanche, s'il entre par la porte fenêtre incomplètement fermée, il ne peut être sûr que personne n'entrera par la porte principale au même moment. On n'est pas au milieu de la nuit, peu de voitures et de gens passent dans la rue, mais il y en a comme l'autre avec son bébé et l'homme aux roustaquouettes qu'il rencontre...


Donc il faut être très patient, supporter de revenir bredouille et revenir tenter sa chance le lendemain. Il faut supposer qu'il guette depuis longtemps, il cherche une petite fille depuis des mois peut-être. Soudain il en voit une qui correspond à ce qu'il espère. Et, énorme chance pour lui, il découvre que ses parents s'en vont tous les soirs pendant au moins deux heures et la laissent seule avec son frère et sa soeur. Il découvre, chance aussi énorme, qu'ils ne ferment pas les portes ! Évidemment leurs rondes sont irrégulières, mais il suffira d'attendre la fenêtre d'opportunité.
Il est possible que ce ravisseur-là ait ouvert la fenêtre et les persiennes pour entrer ou pour sortir, très invraisemblablement pour donner le change, moins invraisemblablement parce qu'il n'a pas réalisé que les portes sont ouvertes ce qui suscite des doutes sur ses qualités d'observateur, possible mais hautement improbable. Remarquons toutefois que, si les MC entraient et sortaient par la porte-fenêtre, il est assez improbable que le ravisseur soit entré par la fenêtre car, du côté parking, il n'avait aucun moyen de contrôler une entrée éventuelle par la porte-fenêtre.
Conclusions :


Si les portes étaient fermées à clef et sans signe d'effraction, alors le ravisseur, s'il y en eut un, est immanquablement passé par la fenêtre.
Si les portes n'étaient pas fermées à clef, alors le ravisseur n'a aucune raison de passer par la fenêtre, à moins qu'il ne se soit pas aperçu que les portes étaient ouvertes et n'ait même pas essayé de les ouvrir.
Tout le monde sait que, pour des raisons de sécurité et parce qu'elles ferment avec un taquet et non à clef, les porte-fenêtres ne se ferment que de l'intérieur. Si le ravisseur avait vu les MC entrer et sortir par la porte-fenêtre il en aurait naturellement déduit qu'ils laissaient la porte légèrement entrouverte, assez pour passer la main et faire glisser la porte.
Les MCs disent qu'ils avaient laissé les persiennes et la fenêtre fermées (qu'ils n'y avaient du reste jamais touché depuis leur arrivée), KMC dit qu'elle a trouvé les persiennes et la fenêtre ouverte et Madeleine disparue, GMC dit que lorsqu'il est arrivé dans la chambre, alerté par KMC, les persiennes et la fenêtre étaient ouvertes. Comme ils disent aussi que Madeleine n'aurait pu ouvrir cette fenêtre et ces persiennes, ce dont tout le monde est convaincu, ou bien un prédateur est effectivement entré et a probablement enlevé Madeleine, ou bien ils ne disent pas la vérité : les persiennes et la fenêtre n'étaient pas ouvertes. Cela dit, ne pas avoir dit la vérité quant aux persiennes et à la fenêtre n'implique pas ipso facto que Madeleine n'a pas été enlevée. KMC, dans l'affolement de la disparition de Madeleine peut avoir ouvert fenêtre et persiennes pour scruter le parking, le même affolement peut lui avoir dicté ces gestes sans qu'elle en prenne conscience. Il est aussi possible que, convaincus pour des raisons qui leur appartiennent, Madeleine n'était pas sortie toute seule, ils aient mis en scène les persiennes et la fenêtre auprès de leurs proches au RU afin de donner un air d'authenticité à leur conviction personnelle. Un prédateur qui entre par une porte ouverte et sort par une autre porte ouverte, ça sonne un peu invraisemblable !
Plus une action est aisée, moins nombreuses les occasions d'échec ainsi que les indices laissés derrière. 
Il n'y a ni signes d'effraction ni empreintes sur l'appui de la fenêtre. Le prédateur aurait pu utiliser des gants, certes, mais il lui aurait été difficile de ne pas écraser et détruire les petits lichens qui y vivent. Les seules empreintes, sur la fenêtre, sont celles de KMC.
Comme le remarque Pat Brown (Profile of the Disappearance of Madeleine McCann), une scène de crime avec des portes fermées mais la fenêtre ouverte ou des portes ouvertes mais la fenêtre fermée, est moins invraisemblable qu'une scène de crime où et les portes et la fenêtre sont ouvertes.
Si on ajoute à tout ça la constatation par la police scientifique de la non effraction des persiennes et de la fenêtre, on a du mal à croire que les MCs aient dit la vérité. Auraient-ils pu rectifier ? Tout ce que KMC a déclaré, deux ans plus tard, c'est que la fenêtre ouverte était une fausse piste.
La question demeure de savoir pourquoi ils n'ont pas dit la vérité et s'ils ont délibérément menti. Dans ce dernier cas, aucun doute n'est permis : il s'agissait pour eux de feindre un enlèvement qui n'avait pas eu lieu.
Si MO assure que les persiennes étaient closes à 21h (il en approche son oreille) et GMC aussi, cinq bonnes minutes plus tard, l'éventuel ravisseur observé par JT à 21h15 ne peut être entré par la fenêtre (il n'aurait pas eu le temps entre 21h10 heure de sortie de GMC et 21h15 heure où JT le voit traverser la rue avec un enfant sur les bras, de soulever les persiennes, de les bloquer avec une pièce de bois, d'ouvrir la fenêtre, etc.). Puisque MO déclare que les persiennes étaient fermées à 21h35, le ravisseur, s'il est entré par la fenêtre, n'aurait pu le faire qu'entre ce moment-là et 22h quand KMC constate la disparition.
Les MC déclarèrent sans ambiguité qu'ils ne surveillaient que leurs enfants. David, Fiona et Dianne avaient un moniteur et ne sont jamais allés voir leurs enfants. Jane déclara qu'elle et Russell ne surveillaient pas les enfants des autres. Matthew et Rachel non plus jusqu'à la nuit fatidique où Matthew, soudain, non seulement décida d'écouter aux persiennes des petits MC, mais entra dans un appartement obscur où il n'avait pas pénétré de jour pour ne voir finalement qu'un enfant sur trois : l'un dort, tout est silencieux donc tous dorment.


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